Dumouriez autographe

Dumouriez (Charles-François)

(1739-1823)
Général et ministre français

Lettre signée, Turville Park, 7 janvier 1823, au Duc de Gloucester (prince William Frederick), 1 page ½ in-4, enveloppe jointe avec cachet de cire rouge. Belle lettre au moment du Congrès de Vérone. Une des dernières lettres de Dumouriez qui décèdera quelques semaines plus tard.
 
« La France seule restera agitée parce qu’elle s’était mis trop en avant ; mais tout se réduira à quelque changement de ministère, à des plaintes, des querelles et de belles et bonnes injures qui feront retentir la tribune et occuperont l’oisiveté publique… »
 
« Monseigneur,
Tous les jours de l’année, je fais des vœux égaux pour votre bonheur et votre santé ; ma respectueuse amitié n’a point d’époque particulière et ne cessera qu’avec ma vie.
Cette année qui commence assez orageusement va produire des évènements que la sagesse de mon ami, M. Canning, parviendra à modérer et à rendre moins funestes pour le continent, dont les puissances rassemblées à Vérone allaient troubler le repos, à leur propre détriment, si le Neptune britannique ne les avait pas arrêté par le quos ego.
Le Ministère anglais, par une politique prudente et philanthropique, en rendant cet important service à l’Europe, le tournera à la gloire et à la prospérité nationale. La France seule restera agitée parce qu’elle s’était mis trop en avant ; mais tout se réduira à quelque changement de ministère, à des plaintes, des querelles et de belles et bonnes injures qui feront retentir la tribune et occuperont l’oisiveté publique, à des pamphlets de toutes les couleurs, plus ou moins virulents, plus ou moins fous ou raisonnables, plus ou moins amusant ou ennuyeux. Au travers de cette agitation, la providence va son train, et arrange les évènements et l’ordre moral, comme l’ordre politique des puissances, qui croient gouverner l’Europe parce qu’elles la secouent.
(…)
Pauvres humains ! Pauvres êtres aussi chétifs que vaniteux. Vous n’inspirez que la gaieté qui accompagne les jeux de l’enfance lorsque vous n’êtes pas nuisible mais vous inspirez l’horreur lorsque vous employez le fer et la flamme pour ranger l’univers à vos opinions.
Ce qui m’occupe davantage et qui me console de toutes les sottises que je vois, c’est que dans trois mois nous aurons le printemps et qu’alors j’espère que votre amitié vous ramènera près du vieillard que son grand âge prie du bonheur d’aller vous faire sa cour, chez vous… Dumouriez ».
 
400 €