jacques mesrine autographe

Mesrine (Jacques)

(1936-1979)
L’Ennemi public numéro 1

Lettre autographe signée « Bruno », Prison de Fresnes, 1er juin 1977, à Joyceline Deraiche, 2 pages in-folio.

 

Belle lettre d’amour à son amante alors que Mesrine se trouve au mitard.

 

« On veut absolument ma peau (…) Mais crois-moi, je suis un vieux renard qui sait très bien se défendre (…) Je ne finirai pas ma vie en prison… »

 

« Mesrine Jacques

663-113 QHS

1 av. de la division Leclerc

Fresnes 94260

France

 

Joyce chérie,

Je ne sais pas si Daoust t’a téléphonée comme je lui avais demandé de le faire pour te prévenir que j’étais au « mitard » cellule disciplinaire pour 30 jours. je n’ai le droit d’écrire qu’une seule lettre en 15 jours. Je te l’ai réservée. Peut-être m’as-tu écrit ? Je n’aurai ton courrier qu’à la fin de ma punition, c’est à dire dans 20 jours. Eh oui ma belle canac, ton vieux pirate s’est révolté et a mis le feu dans sa cellule… alors direction « mitard ».

 

Je n’ai rien à dire. La révolte fait du bien par instant. Mais elle se paie toujours très lourdement. pendant ces 30 jours je suis donc sans nouvelles de Sabrina (sa fille) qui en ce moment me cause bien du soucis. mais que veux-tu, j’en suis responsable car si j’avais été là pour l’élever… elle serait certainement plus sage. cela m’empêche pas de l’adorer.

 

Et toi « petite fille » (sic) comment vas-tu ? Que fais-tu de tes journées ? Travailles-tu ? Aujourd’hui j’ai reçu une assez mauvaise nouvelle. Le ministre de la Justice canadien est venu à Paris pour me faire inculper de tout ce qui m’est reproché au Canada. Donc… nouveau procès… nouveau combat juridique. On veut absolument ma peau… Tout comme on a eu celle de notre ami Jean-Paul (Jean-Paul Mercier, complice de Mesrine au Canada avec lequel il s’était évadé de la prison de Saint-Vincent de Paul en 1972). Mais crois-moi, je suis un vieux renard qui sait très bien se défendre… je crois même qu’il va me falloir attaquer. Tu m’avais dit que ton cousin Gérard devait venir à Paris. Son frère est-il sorti depuis son accident (je parle de René). 

 

Oui que cela est loin, si loin. Nous avons pourtant été drôlement heureux tous les deux. New-York - Caracas - Madrid - que de souvenirs mon ange. Que d’amour  et pour nous deux « que de regrets » aussi. Tu sais petite canac… Ne te fais pas de soucis pour moi. Je ne finirai pas ma vie en prison… Tu peux avoir cette confiance puisque je l’ai moi-même. Un jour… Tu verras ce sacré Bruno avec quelques cheveux blancs te faire face et te prendre dans ses bras… ».

 

Arrêté en septembre 1973 par le commissaire Broussard, Jacques Mesrine est incarcéré dans un premier temps à Fleury-Mérogis puis à Fresnes avant d’être condamné en mai 1977 à 20 ans de prison et d’être transféré au Quartier de Haute Sécurité (QHS) de la prison de la Santé. C’est durant ce séjour à la prison de Fresnes que Jacques Mesrine entreprend d’écrire L’Instinct de Mort. Il s’évadera le 8 mai 1978 de la prison de la Santé en compagnie de François Besse. 


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