jacques mesrine autographe

Mesrine (Jacques)

(1936-1979)
L’Ennemi public numéro 1

Lettre autographe signée, prison de la Santé (paris), 2 juillet 1977, à Joyceline Deraiche, 6 pages in-4 avec dessin en première page représentant une fleur rouge. Très longue et belle lettre intime de Jacques Mesrine à sa maitresse dans laquelle  il reconnait être prisonnier de son personnage et de sa violence.

 

« Je suis aussi un homme de cavale ! (…) c’est une course sans fin qui se terminera mal pour tout le monde… »

 

« Samedi 2 Juillet 77

 

Bonsoir mon bel amour,

Ce soir une autre lettre de toi. Tu l’avais postée avant celle d’hier et je l’ai reçue en retard/ Je t’aime petite canac. Ce creux qui se détache de la fleur que je t’offre…est le mien. Il est à toi tout comme il y a 4 ans du temps de notre grand amour. Oui mon ange, ta lettre… est une étude réelle de « notre problème », car dois-je attendre 7 ou 8 ans pour un bonheur certain à tes côtés et cela sans jamais tenter de m’évader? La raison me dit « oui »… mais en aurais-je le courage? Car 8 ans ou peut-être un peu plus! C’est long… très long. Tu sais que je suis un homme sincère, et je ne triche pas avec moi-même… pour toi et uniquement pour toi je peux (peut être) changer de vie… car je sais qu’un bonheur réel nous attendra après… mais je suis aussi un homme de cavale! Il me faudra faire un choix terrible accepter ma sentence et la faire… ou rester ce que je suis. 

 

La première solution, c’est la certitude d’un bonheur sans mauvaise surprise la seconde solution, c’est comme tu le dis, un échec obligatoire et de ma vie et de notre amour car je me suis évadé trois fois… trois fois j’ai été repris… c’est une course sans fin qui se terminera mal pour « tout le monde. Tu sais Joyce d’amour, j’ai changé « en mieux », même si personne le ne sait. Je suis toujours « le dur », mais je reconnais l’échec de ma vie… si j’étais certain de sortir dans 7 ans je pourrais te donner ma parole d’honneur de ne pas tenter quoi que ce soit… actuellement très sincèrement mon ange je ne peux rien te promettre… car des années et des années de cellule c’est très dure à accepter pour un homme comme moi. Il n’y que « pour toi » que je pense les accepter, j’en ai la force morale car je sais prendre mes responsabilités. Oui petite chérie nous l’avons connu… « la cavale » 

 

Et si nous avions été tous les deux le jour de mon arrestation il est certain que nous nous serions tirées une balle dans la tête pour ne pas être séparés… mais voyons les choses comme « toi » tu les vois si bien… il ne serait resté que deux noms sur une tombe… il y a mieux à faire quand on s’aime et je vais te dire une chose qui en ferait sourire beaucoup s’ils m’entendaient… j’ai envie d’être un autre… 

 

Mon livre (L’Instinct de mort qui était paru le 3 février 1977 chez Lattès) m’a ouvert les yeux sur ce que j’avais été… à la finale si certains me prennent pour un « petit » héros dans le fond mon de mon coeur je sais que j’ai gâché ma vie. J’ai fait souffrir mon père qui m’aimait, un mère qui espérait me voir changer… et surtout j’ai laissé un enfant sans père… jamais je ne pourrai rattraper ce mal… mais je peux au moins le stopper… si j’en ai la volonté. 

 

Pour l’instant je ne sais pas encore le choix que je vais faire. mais il y a toi et c’est le plus important, car je sais que tu es « une vraie femme » comme seul ton pays est capable d’en offrir à un homme. Tu vois mon amour pour toi est peut-être la seule garantie que j’accepte ma sentence la société y gagnerait… mais la société risque de trahir mes espoirs… et la… quelle solution restera-t-il. Dans moins de 2 ans « tous » mes fidèles amis seront sortis du pénitencier de Montréal… je sais que je n’aurai qu’à demander ou ordonner.. mais c’est toi qui a « raison » je le sais… je le sens. 

 

On ne peut rien construire en courant toute sa vie… j’ai peut-être eu des fortunes dans les mains… tu m’as connu très riche mais à la finale, j’ai les mains vides de toute chose solide. Je regarde ton père et ta mère qui ont travaillé toute leur vie honnêtement, ils ont fait 8 beaux enfants et maintenant à mon âge ils ont réussi leur vie. Ton père et patron d’une entreprise.. ta mère et heureuse et vous êtes unis. Tu vois Joyce de mon coeur on ne peut jamais refaire sa vie.. mais on peut au moins stopper ses erreurs et essayer de construire au lieu de détruire… je rigole un peu en écrivant cela.. je me demande si je ne suis pas entrain de me faire du cinéma en couleurs! je crois que non… à la finale je suis prisonnier de mon nom et de ce que j’ai volontairement voulu être. C’est peut être cette évasion là qui sera la plus difficile pour moi. Oui ma belle canac, si je ferme les yeux… que je nous imagine je me dis « tout est possible ».. mais je me méfie de mes réactions.. car je suis agressif et violent devant certaines choses… et la je sais que je ne changerai jamais. 

 

Tu sais mon amour, si un jour tu viens à Paris Jane n’a aucune importance, car c’est une rupture totale que j’ai voulue et elle sait que rien ne changera. Je n’ai des parloirs qu’avec Sabrina et personne d’autre. J’ai tes photos devant moi… même les anciennes que j’avais conservées et temps de notre rupture.. car à quoi bon déchirer une photo si le coeur restait plein de toi… on ne peut effacer ce que nous avons eu de bonheur ensemble… la preuve après 4 ans… on se cor encore « je t’aime »…. 

 

Heureux d’apprendre que tu ne sera pas une « petite baguaise » sic! Sabrina me l’avait dit que tu étais « jolie môme » et drôlement bien roulée! Il est vrai que si mes souvenirs sont exacts… « c’est du beau Québec que ton corps de chatte »… bon dieu que nous nous sommes bien aimés tous les deux… les draps en sont encore témoins (sic)… il est vrai que nous avions tellement peur que chaque nuit soit la dernière.. cela a du être terrible pour toi mon ange! c’est ça que j’ai compris acec le temps… ce n’est pas l’aventure que tu aimais.. « mais moi » mon gros défaut est de croire que tout le monde peut supporter les épreuves face au risque, comme je les supporte moi-même.. combien de fois as-tu eu peur sans me le dire? Oui Joyce, il faut savoir étudier son passé pour croire en un avenir de bonheur possible. Les années passeront et un jour les portes s’ouvriront et si c’est de cette façon que je quitte un jour la prison, il est certain que le fait d’avoir accepté ma sentence sera une garantie que je ne me retournerai jamais en taule si je m’évade… c’est la course qui continue… quand on court trop… on aime mal.  

 

Il va me falloir arrêter pour prendre le temps de t’aimer… de te rendre heureuse.. c’est toi qui a raison mon ange et je te reconnais le droit de me le dire car tu as fait tes preuves à titre de femme de truand. 

j’aime trop tes parents pour leur donner la peine de te voir en cavale à mes cotés un jour. Je te promet d’essayer… dans un an, après les élections en France je pourrai te donner « ma parole » - car je saurai exactement ou j’irai et le temps exact de ma sentence. Tu nous vois… en couple normal. Je te ferai peut-être « un môme » eh oui… la machine fonctionnera à 1000 à l’heure (sic). 

Tu sais, je suis encore très présentable, car je fais régulièrement mon sport et karaté en cellule. Cette semaine je vais recevoir les articles dont tu m’as parlés. La j’ai reçu l’article et la lettre de René. Dès sa sortie il faudra qu’il vienne te voir… dis le à son frère Gérard. 

Joyce chérie… pense que je t’aime comme avant.. plus qu’avant. Je n’ai pas oublié le gout de tes lèvres et ton doux parfum de femme. Un jour mes bras s’ouvriront pour toi.. ta tête se posera sur mon épaule et nous reprendrons une vraie vie d’amour pour y construire un véritable bonheur digne de toi et de ta merveilleuse famille…

Tu les embrasses tous et toutes. 

Pour toi « mon grand amour » mes lèvres sur tout ce qui est de toi… car elle connaissent « TOUT » de toi… oui chérie je n’ai pas oublié. 

Je t’aime petite fille, Ton Bruno xxxxx

Je t’écrirait prochainement ok chérie je t’adore!! 

 

Arrêté en septembre 1973 par le commissaire Broussard, Jacques Mesrine est incarcéré dans un premier temps à Fleury-Mérogis puis à Fresnes avant d’être condamné en mai 1977 à 20 ans de prison et d’être transféré au Quartier de Haute Sécurité (QHS) de la prison de la Santé. C’est durant ce séjour à la prison de Fresnes que Jacques Mesrine entreprend d’écrire L’Instinct de Mort. Il s’évadera le 8 mai 1978 de la prison de la Santé en compagnie de François Besse. 



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