Dard (Frédéric)

(1921-2000)
Écrivain français. Créateur du commissaire San Antonio.

Lettre autographe signée, Lyon, 7 septembre (1943), à Clément Bouvetier (son ancien professeur de français), 3 pages in-8, en-tête personnelle avec adresse. Enveloppe autographe jointe. Belle lettre du jeune Frédéric Dard alors âgé de 22 ans.

 

« Je joue à l’homme expérimenté et je ne suis qu’un gosse - fort heureusement ».

 

« Cher Monsieur Bouvetier,

Si j’ai un peu tardé à vous répondre c’est que les voyages ont engloutis la plus grande partie de ma vie ce dernier mois. Je me démène beaucoup au sujet de mon affaire, laquelle je suis heureux de vous l’apprendre, réussit pleinement.

Mon bouquin a obtenu l’autorisation tant désirée. Il est composé et la semaine prochaine très certainement notre imprimeur l’installera sur ses presses. Je tire à huit milles exemplaires. Ils sont déjà tous vendus.

Rien de surprenant à ce que vous n’ayez pu dénicher mes précédents ouvrages, voilà en effet plus d’un an qu’ils sont parus, achetés, vendus, effeuillés, bref qu’ils ont disparus des vitrines. Les nouveautés maintenant sont éphémères comme les neiges du printemps.

 

J’ai eu une grande joie en me voyant en nouvelle dans Candide. C’est un journal très hermétique et je connais beaucoup de « noms connus » qui s’y sont brisés la plume. Cependant ce conte est pompier et je trouve votre critique pertinente. Quant à ce qui concerne votre « Clarissage » laissez moi protester. J’ouvre une parenthèse pour vous affirmer qu’à mon avis les hommes intelligents et actifs n’y tombent pas. Et puis - passez moi le conseil - mais il est facile d’y échapper, le mariage se porte beaucoup ces temps-ci et n’avez-vous pas l’exemple de vos confrères et de vos élèves ? Se marier est une expérience amusante à faire je vous assure et qui ne correspond à aucune autres curiosités de l’amour. Evidemment !!!… mais on s’habitue à tout y compris à la même femme, c’est une question d’endurance, une fois que le rythme est pris cela fonctionne à peu près. Et lorsqu’on fait la balance je crois que le solde doit être créditeur. Mais je joue à l’homme expérimenté et je ne suis qu’un gosse - fort heureusement.

 

Je pars à Paris mardi prochain. J’espère ramener le manuscrit « Chandet la vraie dame aux camélias » et vous l’enverrai.

Vous recevrez également mon livre dès qu’il sera paru. Je pense pouvoir tirer quelques exemplaires de luxe. Je vous en enverrai également un pour Gourney. 

J’ai conservé un bon souvenir de ce grand bonhomme intelligent, original et blasé - bien qu’il m’est particulièrement mal mené lors de mon passage entre ses mains.

J’aimerais vous lire avant mon départ. Votre dévoué

Frédéric Dard ». 

 

Dans cette lettre, Frédéric Dard fait référence à sa nouvelle, « Clarisse Valère », qui était parue dans Candide en août 1943. Le livre dont il prépare la sortie est son roman Le Norvégien manchot. Enfin, Le Vrai roman de la dame aux camélias d’Henriette Chandet fut édité en décembre 1943 aux Éditions de Savoie (maison d’édition qui appartenait à Frédéric Dard). 

500 €