Benda (Julien)

(1867-1956)
Philosophe et écrivain français. 

Ensemble de 5 documents, notamment relatifs à son ouvrage La Trahison des Clercs

 

*Lettre autographe signée, Château de Vaux, 6 septembre 1927, à un « cher ami », 1/2 page in-12 :

 

« Cher ami,

Je rentre vers le 20 et vous porterai les épreuves de la Trahison des Clercs. Il n’y aura pas trop à y faire et nous paraîtrons certainement en novembre.

Cordialement votre

Julien Benda ». 

 

 

*Lettre autographe signée « J.B. », 29 décembre 1936, à un « cher confrère » (Pierre Loewel), 1 page in-4 : 

 

« Je relis ce passage : « ce trait mystique est bizn remarquable et caractérise à fond le clerc de gauche ».

Voilà de la grande critique, parce qu’elle montre à son auteur qu’on trait de sa personne qu’il croyait important l’est beaucoup plus qu’il ne le pensait, en sorte qu’elle l’incite à une connaissance plus profonde encore de lui-même.

Il y aurait tout une étude à faire sur la critique salutaire, enrichissante pour l’écrivain qui en est l’objet. Vous y auriez une grande place.

Fidèlement votre,

J.B. ». 

 

*Carte postale autographe signée « J.B. », Royan, sans date, à Pierre Loewel, 1 page in-12 oblongue :

 

« Mon cher confrère,

Merci pour votre excellent article et toute mon admiration pour ce qu’il comporte de liberté d’esprit, comprenant qu’il ne s’agit pas que le portrait soit agréable mais fidèle. (Si peu le comprennent !) - J’ai été particulièrement heureux du passage où vous déclarez que le vrai clerc est militant pour la bonne cause, et nullement insexué. J’aime lire de telles choses, indépendamment de mon intérêt personnel (encore que je n’y sois pas insensible). Merci encore et cordialement, votre J.B. ». 

 

*Carte postale autographe signée, à Pierre Loewel, Bruxelles, 5 novembre 1947, 1/4 page in-12 : 

 

« Bravo, l’exécution de Pierre D..

Julien Benda ». 

 

*Lettre tapuscrite signée, Paris, 11 juillet 1951, à « un cher ami », 1 page in-8, en-tête de l’hôtel Cayré : 

 

« Mon cher ami,

J’ai dit vingt fois que le sage n’avait pas à se préoccuper des conséquences pratiques de ce qu’il dit mais seulement de savoir si c’est la vérité. Je ne sais plus exactement où, c’est une idée qui m’est très chère. On la trouve également je crois chez Renan.

Julien Benda ». 

 

La Trahison des clercs est un ouvrage de Julien Benda paru initialement en 1927 et réédité en 1946 avec une longue préface de l'auteur, et réédité depuis lors plusieurs fois et en plusieurs langues. À une époque où de nombreux intellectuels et artistes se tournaient vers la politique et les idéologies, Julien Benda leur reproche de se détourner des valeurs cléricales, c'est-à-dire la recherche du beau, du vrai, du juste, et qui sont pour lui statiques et rationnelles. Cet ouvrage vise plus particulièrement les intellectuels qui prônent l'ordre, un État fort, en particulier les intellectuels fascistes ou nationalistes des années 1930, mais aussi les communistes. Il reproche particulièrement aux écrivains "engagés" de prétendre servir ces valeurs (le vrai, le juste) alors qu'ils servent une idéologie. C'est en cela que consiste leur "trahison" : ils tiennent un discours qui se veut désintéressé et rationnel, alors que celui-ci est fondé sur des émotions idéologiques et non sur la raison. Il défend le clerc, adepte de l'activité libre et désintéressée qu'est le simple exercice indépendant de la raison. Et s'il admet que celui-ci s'engage en politique, il soutient que ce ne doit être qu'au nom des valeurs morales absolues, statiques qu'il défend, et non en soutien à un mouvement politique et à son idéologie.

Ce livre peut être lu comme un manifeste de méfiance face aux idéologies et aux idéologues qui ont dominé les xixe et xxe siècles. Il valut à son auteur d'être attaqué très violemment par la quasi-totalité des intellectuels de son temps, à l'exception de la Nouvelle Revue Française qui fera de lui un de ses journalistes politiques phares jusqu'en 1940.

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