robert brasillach autographe manuscrit

Brasillach (Robert)

(1909-1945)
Ecrivain français

Manuscrit autographe signé, (1935), « Causerie littéraire. À propos des Universaux de Léon Daudet, Louis Guilloux : « Le Sang noir » (NRF), Isabelle Rivière « Le Bouquet de roses rouges » (Corrêa) », 5 pages in folio. 

 

« Il est un ouvrage auquel on ne peut pas ne pas penser devant le Sang noir. C’est le Voyage au bout de la nuit.  On peut dire tout ce que l’on voudra contre et pour M. Céline. Il y avait en tout cas dans son oeuvre une vie que je ne retrouve jamais dans Le Sang noir… »

 

« La grippe m’a empêché, la semaine dernière, de parler des Universaux, comme je l’aurais voulu (…) parmi les nombreux livres de Léon Daudet, celui-ci est un de ceux qui semblent le mieux correspondre à son tempérament, et qui me séduisent le plus. Sous l’influence vraisemblable de l’Université, nous perdions un peu trop l’habitude d’un genre littéraire pourtant très français : le genre qu’on peut appeler des « essais », comme Montaigne, ou des « cahiers » comme Péguy (…) les plus grands livres de l’humanité sont toujours en désordre, mais ce désordre n’est qu’apparent. Ajoutons que les Universaux, rayonnant de bonne humeur, éclatant de verve et d’éclairs, sont peut-être l’ouvrage qui donnerait de Léon Daudet l’idée la plus complète. À travers les siècles, il cherche des ligues de feux, qui ne sont pas perceptibles à tous les yeux mortels (…) de cet écrivain de nature et de race, je crois bien qu’il faut dire d’abord qu’il est un poète (…)

 

Peut-être les prix de décembre enfin décernés vont-ils nous laisser le loisir de lire. Je suis un peu attristé à considérer les piles d’ouvrages qui s’entassent autour de moi, je ne veux pas renoncer à les lire, et le temps passe (…) Parmi les candidats de cette année, le mieux placé parut quelque temps M. Louis Guilloux, avec Le Sang Noir. Aujourd’hui des placards de publicité nous avertissent (…) que M. Guilloux « n’a pas eu le prix Goncourt », on veut dire par là que son livre était beaucoup trop beau pour une récompense officielle. J’ai lu ce gros roman, et avec quelque peine. N’en déplaise à ses admirateurs, dont plusieurs sont gens de goût et de bon conseil, il me semble voir là le type même du faux chef d’oeuvre. Avec tous les caractères que peut revêtir cette production en 1935. (…) Il est un ouvrage auquel on ne peut pas ne pas penser devant le Sang noir. C’est le Voyage au bout de la nuit.  On peut dire tout ce que l’on voudra contre et pour M. Céline. Il y avait en tout cas dans son oeuvre une vie que je ne retrouve jamais dans Le Sang noir. M. Guilloux, Lettre autographe signée du populisme, semble avoir découvert les vertus littéraires de la révolte, les gros mots, de la satire amère et injuste, tout un arsenal de recettes, tout un répertoire. Il a soigneusement noté sur son petit carnet les procédés qui font d’un écrivain honnête et ennuyeux un puissant romancier (…) haut en couleurs, et prêt à scandaliser le bourgeois. Et, après avoir réglé son papier, il s’est mis à la tâche. Seulement, le bourgeois n’est pas scandalisé. Le bourgeois s’ennuie, voilà tout (…)

 

Si l’on a parlé de M. Guilloux pour ce prix Goncourt, on a parlé de Mme Isabelle Rivière pour le prix Femina. J’ai lu Le bouquet de roses rouges avec un plaisir singulier. En un certain sens, je pourrai dire que presque tout me paraît blâmable dans ce livre : l’abus de la littérature d’édification, une certaine noblesse dans le style, parfois une trop grande joliesse, et surtout l’ensemble de ces bons sentiments qui, suivant la phrase célèbre de M. Gide, ne produisant jamais que de la mauvaise littérature. Et cependant, à travers ce long livre fleuri et pur, le charme de ces bons sentiments agit peu à peu. Il me semble pas qu’on ait été beaucoup plus juste pour ce livre qu’on ne l’a été, il y a quelques mois, pour le roman posthume de Jacques Rivière, Florence. Il faut croire qu’il est de noms difficiles à porter. Cela n’empêche pas Florence d’être une oeuvre assurément imparfaite, mais curieuse et attirante, et Le Bouquet de roses rouges d’être parfois un beau livre, et toujours un livre plein de noblesse (…)

Robert Brasillach ». 


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