gustave doré autographe

Doré (Gustave)

(1832-1883)
Illustrateur, graveur et peintre français

Lettre autographe signée, 30 novembre 1874, à l’éditeur Paul Dalloz, 4 pages in-8, enveloppe.

 

« J’ai de l’amour propre, me diras-tu ? Oui, mais c’est mon bien le meilleur, au milieu des dures épreuves de ma vie, et j’entends qu’il reste intact… »

 

Très belle lettre de Gustave Doré dans laquelle il implore son ami de cesser ses démarches en sa faveur concernant son élévation au grade d’officier de la Légion d’Honneur.

 

« Cher ami,

Je viens te remercier encore et du plus profond de mon coeur de l’amitié toute dévouée que tu as encore témoignée dans ces dernières circonstances ; et je t’assure que je te conserve pour ce fait des sentiments aussi reconnaissants que pour le service que tu m’as si spontanément et cordialement rendu il y a douze ans. Mais je viens réclamer de toi la même amitié en te priant, te suppliant même de t’arrêter complètement et absolument ; ce qui, je n’en doute pas, te coutera plus encore qu’autre chose.

La nuit porte conseil. J’ai beaucoup pensé à tous ce que tu m’as dit hier, et je trouve que je me suis trompé tout à fait en te laissant t’engager si obligeamment dans ces démarches. Je voudrai même pouvoir suspendre ce qui est passé ; car je ne puis et ne veux plus admettre qu’il soit fait une demande insistante, là où il n’y a pas de grade à m’accorder mais un oubli injurieux à réparer.

(…)

T’entendre dire que dans ce moment on ne peut disposer d’une seule de ces choses, dont on va faire dans trois semaines une distribution large, ce dont tu seras témoin comme moi, c’est t’entendre dire en bon français que tu es homme… crédule et godiche. Je trouve cela misérable et impertinent. Je souffrirai donc de voir ta dignité comme la mienne s’engager plus avant : je te le répète sincèrement ; je me suis trompé, grandement trompé en te laissant faire, et je ne veux pas, tu entends bien, je ne veux pas que tu dises un mot de plus ; j’insiste tant sur ce que je te dis là ; que le contraire me désobligerait sur l’honneur, mon bon et cher ami ; il n’y a aucun sentiment de dépit dans cette détermination ; mais au contraire le sentiment d’une erreur commise et que je sais réparer ; le sort de ma dignité comme de la tienne ; et enfin (faut-il le dire) la crainte de ne voir qu’une supplique exaucée là où je pouvais croire à une réparation empressée. 

J’ai de l’amour propre, me diras-tu ? Oui, mais c’est mon bien le meilleur, au milieu des dures épreuves de ma vie, et j’entends qu’il reste intact.

(…)

Ton ami G. Doré ».


Gustave Doré sera finalement nommé Officier de la Légion d’honneur en 1879.


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