leon blum autographe

Blum (Léon)

(1872-1950)
Homme politique français

Manuscrit autographe signé, « Les origines du fédéralisme européen », (1947), 5 pages et demie in-4 avec ratures et corrections.

 

Très intéressant éditorial pour son journal Le Populaire. Sur la nécessité d’un fédéralisme européen face à la tension entre l’Amérique et la Russie.

 

Comme le président du Parti Socialiste Belge Max Buset, Léon Blum « refuse catégoriquement de croire à la Guerre, à son imminence ou à sa fatalité. Je crois au contraire comme lui, que l’Amérique cherche par dessus tout à rétablir la vie économique de l’Europe et de l’Extrême-Orient, conditions de sa propre prospérité et que la Russie a fondamentalement besoin de quelques (?) de tranquillité pour panser ses terribles blessures de guerre et reprendre la marche ascensionnelle de son économie… L’Amérique ne veut pas la guerre. La Russie ne la veut ni probablement ne la pourrait. Inutile de parler des autres nations du monde auxquelles la Guerre fait l’effet d’une catastrophe qui les engloberait à leurs corps défendant et presque à leur insu.

 

(…) Pour un nombre croissant d’êtres humains, la guerre est entrée depuis un certain nombre de mois dans le champ des éventualités possibles (…) Or la crainte collective de la Guerre est par elle-même un danger de guerre ; le seul fait que la guerre soit conçue comme possible par l’opinion universelle la rend possible. Et ce qui donne en ce moment certain de l’histoire une telle importance au Fédéralisme européen, c’est qu’aux millions d’êtres humains qui tiennent la guerre pour possible et qui la redoutent, il apparait précisément comme le contrepoids ou comme l’antidote du danger de guerre  comme la force compensatrice ou conciliatrice qui s’imposerait le cas échéant aux forces de guerre, comme le remède qui arrêtera la propagation du venin. C’est parce que le fédéralisme européen représente  - et représente à bon droit - un instrument de paix, une espérance de paix que le mouvement qui entraîne les peuples vers lui se prononce et s’amplifie.

 

Que ce mouvement se rattache à de lointaines antécédences, aucun de nous ne l’oublie. Sans remonter plus haut, les Etats-unis de l’Europe ont été l’in des rêves des hommes de 1848 et je suis de ceux qui pensent qu’alors le rêve n’avait rien d’irréalisable. Quatre vingt ans plus tard, Aristide Briand, sous l’effet des déceptions éprouvées à Genève, venait à se demander si l’effort d’organisation et de coopération humaines ne rencontreraient pas moins de difficultés sur le plan européen que sur le plan mondial (…)

 

Il y a deux ans, l’illustre chef de la Grande Bretagne en guerre, M. Winston Churchill, entrait en lice à son tour brusquement en coup de théâtre par son éclatant discours de Zurich (…) C’est à la voix de M. Winston Churchill ou tout au moins c’est dans la résonance du discours de Zurich que se formèrent petit à petit les grandes associations Internationales, longtemps concurrentes ou discordantes, aujourd’hui assemblées et quasi fédérées elle-mêmes, qui entreprirent la propagande fédéraliste. (…)

 

Mais alors est survenu l’évènement qui a transformé du tout au tout la situation qui a provoqué le déclenchement, le décrochage, qui, en particulier, a contraint le socialisme International à prendre positivement parti. Et cet évènement n’est autre que le plan Marshall.

Léon Blum ». 



1.200 €