Roland (Madame)

(1754-1793)
Épouse de Jean-Marie Roland de la Platière, célèbre femme de la Révolution, inspiratrice du parti girondin, guillotinée en 1793.

Lettre autographe, Villefranche, 2 mars 1788, à un ami parisien, 2 pages in-4.

 

Curieuse lettre sur un arrêt de Loménie de Brienne concernant la réforme des inspecteurs des manufactures (qui était la profession de Roland de la Platière). 

 

 

« En arrivant ici, hier au soir, j’ai trouvé le fameux arrêt et, votre lettre amicale ; j’ai eu le tems de méditer l’un et l’autre jusqu’à ce matin que mon bon ami est venu me joindre. Nous en avons causé philosophiquement, mettant les choses aux pis et attendant le résultat dans la paix du sage. 

L’effet que j’éprouve de tout ce qui ressemble à une injustice envers mon mari, c’est que je l’en aime davantage et désire toujours plus vivement de lui procurer un bonheur auquel personne ne puisse porter atteinte.

il est clair que cette réforme de nom n’a pas le sens commun et que Desmarete a concouru à la rédaction de l’arrêt ; s’il n’arrive rien de plus, grand bien lui fasse !

Il fallait qu’il lui revint quelque chose d’être né dans les terres de Brienne, d’avoir été gouverneur d’un La Rochefoucault et d’avoir intrigué toute sa vie. A juger par les fonctions attribuées à ces nouveaux dénommés, on se propose sans doute quelques réformes ; c’est ce qu’il faut attendre.

Quant au mot que vous me proposés de mettre à la suite de vos points, je ne vois que le respect à moins que vous n’aimassiez mieux l’oubli ; car à mon âge et avec mon humeur il n’y a d’altération entre ces choses que l’amitié et l’on ne met jamais de points à la place de celle-ci. Mais M. le Parisien veut plaisanter de mon silence sur les arrangemens économiques et se réserve le même privilège sur ce que je pourrais lui en mander. Devenés digne, par plus de simplicité d’entendre tout ce que peut exprimer ma bonhommie. Au reste, pour vous parler de la campagne, que j’ai toujours aimée et à laquelle je m’attache encore plus par l’intérêt que prend notre ami et le bien que j’espère qu’elle lui fera, il faut attendre que j’y retourne. Ce qui n’arrivera pas de quatre mois d’ici ; nous destinons cet intervalle à la suite du travail encyclopédique remis sur le chantier. Adieu, soyés toujours bon enfant, s’il est possible dans votre tourbillon ; nous vous embrassons cordialement ». 

 

Apprenant que la place d'inspecteur des manufactures à Lyon était vacante, Madame Roland postule pour son mari ; c'est ainsi que le couple, en août 1784, quitte Amiens et s'installe à Villefranche-sur-Saône près de Lyon. Acquise aux idées des Lumières, Madame Roland écrit alors des articles politiques pour le Courrier de Lyon.

La vie conjugale n’enchantait guère Manon Roland, mariée non pas par amour mais plutôt pour échapper à la tutelle de son père. Cependant, elle éprouvait de l'affection pour son mari. La vie quotidienne menée aux côtés de l’inspecteur des manufactures, avec qui elle collabore sur le plan professionnel sans se préoccuper de ses aspirations, ne l'épanouit point. « Mariée dans tout le sérieux de la raison », avoua-t-elle dans ses Mémoires, « je ne trouvais rien qui m’en tirât ; je me dévouais avec une plénitude plus enthousiaste que calculée. À force de ne considérer que la félicité de mon partenaire, je m’aperçus qu’il manquait quelque chose à la mienne ».


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