Tallien (Madame)

(1773-1835) 
Femme du conventionnel Tallien, égérie des Thermidoriens ("Notre-Dame de Thermidor") et du Directoire.

Lettre autographe signée « Th. Cabarrus de Caraman », 11 mars 1809, (à madame Devin), 4 pages in-8.

 

Au sujet de son fils Théodore, né de son premier mariage avec le marquis de Fontenay. Lettre de colère et de chagrin. 

 

« Ayant été très indisposée Madame, je n’ai pu avoir l’honneur de vous écrire et devons renvoyer la lettre que vous avec eu la bonté de me confier. La voici Madame avec une autre de Théodore que je reçois à l’instant. Il réclame plusieurs démarches que je vais m’empresser de faire, mais pour rien oublier aucun - sa lettre me sera nécessaire. 

 

Vous lisez sans doute avec surprise et avec peine Madame une partie de cette lettre, je vous conjure de lui écrire votre façon de penser. Je vous avoue qu’elle ma profondément blessée et que je vois avec la plus grande douleur que je ne dois plus espérer aucun bonheur de ce Théodore qui ma déjà tant fait verser de larmes, qui oublie tout ce quil doit à ma position et même à la sienne… Il ose menacer et qui ? - Mon mari - Je vous le demande madame, est-ce tolérable ? ce ne sont point des propos de domestiques qui ont indisposé son beau-père  mais bien sa conduite et sa coupable légèreté qui compromettent sans cesse mon repos et celui de toute sa famille et son indélicatesse qui lui faisait sans cesse emprunter de l’argent qu'il savait ne pouvoir rendre qu’aux dépend de ses parents dont la gêne et la détresse lui étaient connues. 

 

M. de Caraman n’a pu croire a ses sentiments qui n’avaient aucune preuves, à des sentiments qui n’avaient point l’empire de l’empêcher de m’affliger profondément, il n’a vu que des phrases dans toutes les protestations de Théodore et il s’est persuadé que son coeur manquait de sensibilité puisqu’il avait résisté à mes prières, qu’il avait méconnu mes conseils et oublié notre situation à tous.

 

Théodore madame a trop d’esprit pour se tromper sur les véritables motifs qui refroidissent son beau-père, d’ailleurs mes lettres (et je crois que vous avez bien voulu en lire plusieurs) ne lui ont pas laissé ignorer, mais il feint de croire que ce sont des propos et des propos supposés soutenus par des domestiques cela est indigne révoltant et impardonnable. Je n’ai point mérité un si cruel chagrin de mon fils et vous concevez Madame à quel point il doit blesser mon coeur, vous qui savez apprécier tout ce qui tient à sa sensibilité, à sa délicatesse et aux convenances. Pardonnez-moi de m’être laissée aller au besoin de confier une peine aussi cuisante, un chagrin aussi vif (…)

Th. Cabarrus de Caraman ». 



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