jacques mesrine autographe

Mesrine (Jacques)

(1936-1979)
L’Ennemi public numéro 1

Lettre autographe signée, Prison de la Santé, 11 avril 1974, à Joyceline Deraiche, 3 pages 1/2 in-folio. Longue et belle lettre d’amour de Mesrine pour sa maîtresse canadienne. 

 

« Qu’à tu fais à ce vieux coeur de truand pour t’y installer comme chez toi. Car tu y es chez toi… »

 

« Ma belle poupée,

Bonjour mon ange, aujourd’hui une lettre de toi la n°5 du dimanche 7 avril. Tu sais mon ange je comprends très bien que rentrant de ton travail très fatiguée tu ne m’écrives pas tous les jours ou de courtes lettres car parfois on a rien à dire, cela n’empêche pas l’amour.

La le courrier va avoir énormément de retard car les fêtes de Pâques arrivent - et pas de courrier samedi, dimanche, lundi, mardi donc mon ange ne t’inquiète pas si tu ne reçois rien car je vais t’écrire de toute façon mais si je t’écris vendredi elle ne partira que mardi suivant.

 

Sur ta lettre de dimanche tu me dis n’avoir pas de courrier depuis mercredi, la poste est seule responsable mon ange car je sais que tu as besoin de courrier et je t’écris régulièrement. J’ai reçu tes deux photos merci, je te les retourne car tu dois y tenir à titre de souvenir, elles sont bonnes, tu y est au naturel. Et puis à bien y réfléchir je les garde encore un peu, tu les auras plus tard.

Pour moi ça va, j’ai bon moral, il le faut je n’ai pas le choix. je suis en très bonne forme, car cela fait 5 mois que je fume plus et j’ai meilleur souffle. (…)

Si j’étais près de toi nous n’aurions pas le temps de faire l’amour. Car quand je regarde ton programme de travail cela ne te laisse pas le temps pour grand chose ! N’abuse pas du travail petite fille. Pense à ta santé, ok.

 

Tu me dis qu’à Montréal il neige, ici nous avons un magnifique soleil, malgré qu’en cellule je n’en profite pas beaucoup. (…) Si tu savais le sport que je fais chaque jour, c’est incroyable ; le soir je suis crevé et je dors bien. Il faut que ton Bruno (surnom de Mesrine) se garde en forme car ma femme est beaucoup plus jeune que moi et si je ne fais pas attention plus tard je vais être cocu ! (sic) en fin de compte être cocu n’est pas grave ; ce qui est grave c’est d’être trompé ! et ce n’est pas le même chose. Je blague mon ange car je ne suis pas homme à partager ma femme. Mais où je suis, tout peut arriver et malgré ma très grande confiance en toi, je me suis préparé moralement à cette possibilité un jour. Car je sais que tu me le dira. Le corps d’une femme ne peut rester des années sans faire l’amour, surtout si cette femme est jeune.

 

je sais que tu m’es fidèle chérie, mais j’ai peur du temps, pas peur pour moi, mais pour toi. La seule chose que je désire c’est la vérité, toujours la vérité, car si un jour tu me mentais mon ange, tu me perdrais sans retour et tu le sais. Je suis assez homme pour comprendre la vie. Tu as des droits mon ange et je respecte tes droits. Je ne veux pas que ton amour pour moi, te rende esclave, si tu as envie de sortir fais le petite fille. Si tu n’en as pas envie, c’est autre chose. J’y pense très souvent à cela, je me dis peut être Joyce ne sort pour ne pas me faire souffrir, mais elle a besoin de vivre. Je te le demande petite fille ne te prive pas de ce que tu as envie de faire, mais tu me le dis car je veux tout savoir de toi et par toi

 

Je t’aime de trop et la vie nous a séparés pour longtemps. Comme tout homme qui aime  je souffre d’être loin de toi, mais je garde ma dignité, jamais personne ne pourra voir ce qui se passe dans le fond de mon coeur. Toi tu le sais, tu n’as pas besoin de le voir.

Ma belle poupée penses à nous et gardes courage. Embrasses toute la petite famille pour moi.

Tu me manques… de trop. Je t’adore petite canal ! Qu’à tu fais à ce vieux coeur de truand pour t’y installer comme chez toi. Car tu y es chez toi.

Bruno ». 

 

Arrêté en septembre 1973 par le commissaire Broussard, Jacques Mesrine est incarcéré dans un premier temps à Fleury-Mérogis avant d’être condamné en mai 1977 à 20 ans de prison et d’être transféré au Quartier de Haute Sécurité (QHS) de la prison de la Santé en 1974. C’est durant ces séjours à Fleury-Mérogis et à la Santé que Jacques Mesrine entreprend d’écrire L’Instinct de Mort qui paraitra en février 1977. 



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