marcel proust autographe

(Proust Marcel) -R. Dreyfus

(1871-1922)
Ecrivain français

DREYFUS Robert (1873-1939). Ecrivain et journaliste français. Ami d’enfance de Marcel Proust.

 

Lettre autographe signée, Paris, 3 mars 1938, à un « cher ami », 4 pages in-4, en-tête avec adresse « 154 boulevard Malesherbes » et téléphone « Wagram 55-36 ».

 

« Son projet de roman consacré à des anomalies d’ordre sexuel qu’il a réalisé ensuite, et qui m’épouvanta quand parut le Ier Sodome et Gomorrhe… »

 

Cher ami,

(…) Je ne suis pas surpris de ce que vous m’apprenez de la lettre de Proust à Gide au sujet de l’Évangile, toute naturelle de sa part, car il n’y a aucun doute qu’il aimait, admirait le christianisme, mais y trouver un point d’appui pour votre thèse de sa sainte intention de « rédemption » personnelle au moyen de son oeuvre ? Là-dessus, j’avoue que je n’y vois pas un argument nouveau.

J’aimerais bien savoir aussi ce que vous pensez de la lettre de 1908 que j’ai citée sur la « réalité suprasensible de l’art » et « l’irréalité de la vie ». L’irréalité de la vie !… 

Malheureusement, j’ai eu beau concentrer de mon mieux mon effort de mémoire, il m’a été impossible de me rappeler le point de départ, je veux dire la raison pour laquelle Proust m’avait adressé cette lettre, que j’ai reproduite dans mes Souvenirs… Comme elle succédait à une visite que je lui avait faite quelques jours auparavant (à la suite de la mort de Ludovic Halévy), je suppose qu’au cours de notre conversation, il avait dû me sonder au sujet d’un projet d’article ou de nouvelle qu’il formait et qui était sans doute plutôt son projet de roman consacré à des anomalies d’ordre sexuel qu’il a réalisé ensuite, et qui m’épouvanta quand parut le Ier Sodome et Gomorrhe, au bout de Guermantes (bien à tort, en somme, puisque cela lui a peut-être valu plus tard une armée de propagandiste : et votre beau livre !… et votre interprétation) et, en ce cas (très vraisemblable, d’après les allusions de sa lettre à Oscar Wilde, à Rubempré), il me trouve certainement très récalcitrant, réprobateur, et doit me juger assez stupide; d’où sa lettre… 

Très amicalement votre.
Robert Dreyfus 
». 

 

Ami de Marcel Proust depuis le lycée Condorcet, l’historien et journaliste Robert Dreyfus entretint une forte relation de confiance intellectuelle avec lui, l’un faisant lire ses textes à l’autre dans l’attente de remarques judicieuses. Robert Dreyfus publia en 1926 de très utiles Souvenirs sur Marcel Proust et Marcel Proust à dix-sept ans


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