sartre autographe

Sartre (Jean-Paul)

(1905-1980)
Philosophe et écrivain français

Manuscrit autographe (brouillon), sans lieu, (1954), 2 pages in folio sur papier quadrillé, 2 passages biffés avec ratures dont un réécrit avec variantes. 

 

Intéressantes notes de travail sur l’impuissance des ouvriers à peser sur sur sort dans le monde industriel moderne.

 

« On n’en achèvera la victoire qu’en jetant dans la bataille la totalité de la population ouvrière… »

 

« En 1954, ces chances ne se retrouvent plus. Disqualifié, le travail a cessé d’utre un moyen d’action par lui-même. Tant que les machines sont en ordre de marche, l’ouvrier ne compte pas : ou s’aperçoit qu’il est un homme lorsqu’il prend la décision de les arrêter. Grève et menaces de grève sont les moyens purement négatifs dont il dispose : rien d’étonnant à cela puisque sa valeur humaine tombe en dehors du travail mécanisé.

 

Mais en un certain sens, la nouvelle condition du prolétaire brise la continuité de son action. Entre l’ouvrier privé de la garantie qui lui donnait sa valeur professionnelle et la direction qui tend vers l’anonymat, le contact se perd : pour peser sur les décisions patronales, la résistance des travailleurs doit franchir un seuil en deçà duquel elle n’est pas même perçue.

 

Pour les mêmes raisons, l’action purement locale est condamnée : l’O.S. est interchangeable ; en cas de conflit, on le remplace. L’ouvrier de Saint-Nazaire ou d’Ales ressent physiquement la détérioration progressive de son niveau de vie ou l’élévation de ses normes de travail : mais s’il veut lutter contre ces maux très concrets, il se trouve aux prises avec des puissances abstarites et insaississables, organisations patronales, cartels, ententes, coalitions (…) Et puis, l’intervention de l’État, qui se pose en arbitre, est assez régulièrement défavorable au prolétariat.

 

On n’en achèvera la victoire qu’en jetant dans la bataille la totalité de la population ouvrière (…) Mais ne l’oublions pas, les masses sont des agrégats de solitude ». 


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