jean cocteau autographe

Cocteau (Jean)

(1889-1963)
Poète, dramaturge, cinéaste français

 

Manuscrit autographe signé, intitulé « Vingt ans après… », 1961, 2 pages in-folio, ajouts, ratures et corrections.

 

Très beau texte de Jean Cocteau évoquait son amitié avec Georges Simenon mais aussi celles avec Marcel Pagnol et Pierre Benoit. 

 

« J’imagine mal qu’on puisse évoluer plus loin que Simenon de moi, que moi de Simenon (…) Alors d’où vient cette amitié fraternelle qui nous lie ? Je vais vous le dire… »

 

« On cherche, généralement, pour en faire ses amis, des complices ou des comparses, c’est-à-dire des individus ayant les mêmes qualités, les mêmes travers que nous, avec lesquels cette ressemblance rende les contacts instantanés et faciles.

or j’imagine mal qu’on puisse évoluer plus loin que Simenon de moi, que moi de Simenon, sauf s’il nous arrivait de siéger ensemble à l’Académie royale de Belgique, car nous travaillons dans des zones, et même, dirai-je, dans des règnes sans correspondance apparente (bien qu’il prétende que les Enfants terribles sont un livre policier).

Alors d’où vient cette amitié fraternelle qui nous lie ? Je vais vous le dire. Elle est pure de toute entente secrète, car elle procède d’un organe anti-intellectuel, un organe qui ne pense pas, du moins par l’entremise duquel pensent certaines personnes, très rares : le coeur.

 

Nous nous aimons avec la peau de l’âme, coeur à coeur, et cela sans autre motif que cette énigme que l’amitié pose et qu’elle n’éprouve aucune peine à résoudre.

je ferai n’importe quoi pour rendre service à Simenon, et j’affirme qu’il ferait n’importe quoi pour me rendre service. Et j’ai vu sa jeune femme (Denyse Ouimet) sortir en larmes de mon film Le Testament d’Orphée, parce que j’y étais victime d’un simulacre de mort. De cette amitié pure il résulte que nous ne parlons jamais de nos oeuvres ni de celles des autres. « Mais de quoi donc parlez)vous ? » « de toutes choses ».

 

Et si vous exigez un troisième mousquetaire, prêt à se battre à nos côtés, je le dénonce : Marcel Pagnol… (Cocteau a inscrit ensuite en épigraphe : « Marcel Pagnol : « De quoi nous plaignons-nous ? On dit que tu es un auteur de gares. C’est vrai. On te vend dans les gares. On dit que tu es un acrobate. C’est vrai. Tu es un acrobate. On dit que je suis un joueur de boules. C’est vrai je le suis »). 

Jean Cocteau.

1961.

P.S. Et d’Artagnan, me direz-vous ? Pierre Benoit, le noble des nobles, ou bien, de fraiche date, Dominique Ponchardier. Ces amitiés qui ne reposent que sur l’amitié sans qu’aucune substance étrangère ne s’y mêle, mériteraient une étude, comparables à la préface de Don Quichotte de Unamuno (Miguel de Unamuno), lorsqu’il exalte la croisade solitaire contre l’intellectualisme ».

 

Ce texte était adressé à Roger Nimier. Il a été intégré dans le volume posthume Mes Monstres sacrés (1979). 


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