Saint-Pol-Roux

(1861-1940)
Poète symboliste français

Lettre autographe signée, Manoir de Coecilian, (vers la fin 1929), à son « cher frère », 2 pages in-folio.

 

« C’est vrai on ne croit plus à rien de soi, on se devient indifférent, néant. Déprimé, dis-tu ? Plutôt décimé… »

 

« Je réponds au bénévole message qui m’arrive à travers un cyclone - lequel cyclone persiste depuis des semaines, molestant tout et submergeant le reste. S’il persiste, le manoir ne sera plus qu’un innommable magma. On n’avait vu un tel chambardement dès longtemps. Encore contraint de garder la chambre par suite de ma revenue bronchite, je subis ça tacitement. À quoi bon palabrer ? Les vents de tous bords gueulent plus fort. Dieu merci, ma Divine et notre Rose s’aguerrissent (…) Au surplus on est habitué, on est mimétiquement  catastrophal ou phique, si je puis dire.

 

Grand merci d’avoir gentiment écrit au brave Arland (l’écrivain Marcel Arland). T’enverrai en temps utile mon petit papier sur le si généreux Strebelle (le peintre belge Rodolphe Strebelle) (…) Oui, ces tornades et autres menues canailleries du moment vous désemparent à la longue, c’est vrai on ne croit plus à rien de soi, on se devient indifférent, néant. Déprimé, dis-tu ? Plutôt décimé (…) Tu me demandes si je suis en fonds ? Hélas ! et les « fins d’année » sont barbares à l’écart (…) Vivre d’abord (…) ».

 

Saint-Pol-Roux donne et demande ensuite des nouvelles de leurs familiers respectifs avant de conclure : « Le gros labeur que tu fournis ces temps-ci doit en effet t’accabler mais tu conquiers la masse, et l’admiration générale doit être un baume à ta fatigue (…) Certes je regrette comme toi l’impossibilité de notre cher Max Jacob, mais soyons surtout désolés de son douloureux état et prions. Dieu qu’il le sorte au plus tôt de sa triste époque (Max Jacob souffrait des suites d’un accident de voiturer survenu en août 1929). 


350 €