jules vallès autographe

Vallès (Jules)

(1832-1885)
Ecrivain, journaliste et homme politique français

Lettre autographe signée « Jean La Rue », 29 mai 1877, à son « cher confrère » (très probablement Léon Angevin, directeur du Radical), 2 pages in-8.

 

Superbe lettre sur son projet littéraire devant dénoncer tous les lieux d’enfermement, intitulé Les Désespérés, et qui paraîtrait finalement après sa mort sous le titre La Dompteuse, en feuilleton dans le journal Le Citoyen de Paris (1881). 

 

«  Je raconte ces heures sombres, mais sans autre cocarde que le trou des blessures. Cela suffit. Les blessés de la vie apportent souvent l’appoint suprême au jour des révolutions… »

 

« Je vous renvoie mes « Désespérés ». J’ai changé l’ordre de bataille. La littérature aussi est condamnée à la stratégie en ces jours de combat. Les « 16 mais » menacent le romancier comme ils mettent en joue le polémiste. Il faut se défendre du mieux qu’on peut. On a vu, j’ai vu dans la guerre des rues, quelque fois pour avoir raison des barricades, on sapait les maisons par le bas, et l’on sautait ainsi par surprise sur le dos des barricades. Je ne veux pas, moi qui vais tenir le rez-de-chaussée, qu’on aille vous tuer en passant par chez moi (…)

C’étaient les désespérés politiques qui ouvraient la marche de mon livre. depuis le 16 mai, ils ont quitté le premier rang. Ainsi l’on fait dans les régiments aux heures sombres. On porte le drapeau au centre. Ils reparaîtront, vous entendez - mais à leur heure.

J’ai taillé mon cadre pour cela. Aujourd’hui, depuis le 16, ils n’auraient droit d’entrer en scène qu’en voilant à moitié leur bannière. Je ne veux pas. J’attendrai. L’oeuvre n’y perdra rien. Il y a des tueurs et des tués ailleurs que sous le pavé où l’on meurt le fusil à la main ».

 

Jules Vallès écrit puis biffe un paragraphe : 

 

« Je raconte ces heures sombres, mais sans autre cocarde que le trou des blessures. Cela suffit. Les blessés de la vie apportent souvent l’appoint suprême au jour des révolutions. Un homme pâle, maigre, la redingote boutonnée, suivait depuis huit jours une insurrection parisienne. Nul ne le connaissait - il ne parlait à personne. Le huitième jour - on était six ou sept - les chefs des insurgés se hasarde à le questionner ». 

 

« Vous êtes socialiste comme nous », demandait le chef de la barricade à un combattant silencieux qui depuis huit jours était à la peine, et qu’on ne connaissait pas. L’insurrection allait mourir. 

L’homme se contenta de répondre : « j’ai beaucoup souffert », et lâcha son coup de fusil dans la rue déjà pavée de morts. 

Je vois encore le geste, j’entends encore la voix, et ce fut tout. L’homme fut tué. J’écris la vie de ces gens là ! - en attendant que je puisse écrire leur mort ».

 

(Joint : une importante lettre de Vallès au même, en copie d’une autre main mais avec apostille autographe de Vallès).



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