Merda (Charles-André)

(1773-1812)
Gendarme, célèbre pour avoir tiré sur Robespierre durant la nuit du 9 thermidor, puis général de la R2volution et du premier Empire.

Rapport signé, Ypres, 14 novembre 1810, à Cambacérès, 3 pages 1/2 in-folio. Rare.

 

Merda justifie auprès de Cambacérès les comportements de son régiment dénoncé pour sa mauvaise conduite.

 

« Au cantonnement d’une grande ville où le Soldat ne peut être bien surveillé, bien instruit et où il compromet sa santé avec de sales prostituées. J’obtins ce quartier. J’y plaçai le fonds des cinq compagnies qui fournissaient les postes sur le Côte et je restai à Bruges avec 300 hommes dont 180 logés chez le bourgeois, le reste dans de mauvais quartiers (…) Dans ce moment je reçus l’ordre de quitter cette ville et de me rendre à Ypres (…)

Le 5 octobre dernier à sept heures du matin, un capitaine du régiment se rendant au dépôt fut reconduit par huit de ses camarades, avant de le quitter, ils voulurent boire le coup (…) et entrèrent chez le sieur Depauw aubergiste hors la porte de Lille : ils demandèrent un verre d’eau de vie, un d’entre eux, le jeune d’Houdetot, entra dans la salle avec son cheval, alors cet aubergiste se fâcha, dit des impertinences à cet officier et sauta sur les rennes du cheval, le fit cabrer et renverser Monsieur d’Houdetot (…) l’aubergiste (…) se permit les propos les plus injurieux contre les militaires français (…) alors le capitaine de ma compagnie d’élite le prit au collet le pressa fortement en lui disant, malheureux tu mériterais qu’on te fasse demander pardon à genoux de tes impertinences, mais tu ne mérites pas qu’on fasse attention à toi, va t-en et ne parait plus, et le jeta hors la porte de cette salle ; il revint alors furieux, prit une chaise pour en frapper le capitaine et M. d’Houdetot ; on le relança encore dehors et les officiers voyant son obstination, se retirèrent en conseillant à sa femme de le maintenir et de le faire taire. 

Deux bourgeois présents à cette triste scène peuvent en affirmer la vérité : et voila le fait que la malignité a représenté comme un assassinat, et où des braves officiers qui ont fait preuve de retenu et de modération sont représentés et traités comme des incendiaires : si l’honneur ne s’en soulevait pas et ne faisait pas mépriser souverainement de pareilles calomnies, je vous en demanderais justice, monseigneur, contre les calomniateurs et le faible administrateur qui les a porté à l’autorité sans faire prendre d’informations contradictoires et s’assurer de la vérité. 

 

Quant à l’accusation portée pour une femme insultée dans la rue, voici le fait : le 2 octobre, deux chasseurs étant ivres, rencontrèrent la nuit une fille publique, une sale prostituée qui avait compromis leur santé, ils la poursuivirent et la maltraitèrent, de là ils se rendirent devant le logement de leur hôtesse qui peu de jours auparavant les avait reçu fort mal et presque chassés de sa maison. Ils y cassèrent quatre carreaux et se retirèrent ; lorsque je fuis instruit de cette conduite le lendemain au rapport, je fis mettre ces deux hommes au cachot, au pain et à l’eau pour 15 jours (…)

Voilà, Monseigneur, la vérité sur les dénonciations portées contre mon régiment… »



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