Affaire de Nancy (1790)

Mutinerie de la garnison de Nancy
Août-septembre 1790

CHÂTELET Louis-Marie Florent du (1727-1793). Officier et diplomate français. Colonel du régiment des gardes françaises. Il meurt guillotiné le 13 décembre 1793.

 

Lettre autographe signée, Paris, jeudi (5 août 1790) à six heures du soir, au comte de Noüe, 3 pages in-8. 

 

Le duc du Châtelet annonce au comte de Noüe la mutinerie du camp de Nancy.

 

« Le triste détail de ce qui sest passé le 3 et le quatre à Nancy. Le regt du Roy est entièrement perdu… »

 

« Je suis au désespoir Monsieur le Comte d’avoir d’aussy mauvaises nouvelles à vous rendre du Regt du Roy.(…) (des) officiers Majors viennent d’arriver chez moy avec le triste détail de ce qui sest passé le 3 et le quatre à Nancy. Le regt du Roy est entièrement perdu, ces messieurs sont députés par le corps des officiers pour solliciter le Roy et l’assemblée nationale de donner des moyens de rétablir l’ordre à M. de la Tour du Pin (ministre de la Guerre depuis le 4 août 1789)…

M. de Noue, vous sentés bien que l’ordre que jay fait partir cette nuit pour envoyer deux bataillons à Bitche ne sera pas exécuté par de malheureux soldats qui ne connaissent plus aucune subordination. Ils gardent à vue les drapeaux chez le commandant, il se sont emparés des cartouches à balle après avoir forcé la porte du magasin, cependant comme il a fallu leur céder, tout sera probablement calmé (…) Voulés vous bien m’indiquer le plus tost que vous le pouvés lheure à laquelle je pourrai vous présenter ces deux officiers ? (…) je n’ai que faire de vous dire combien je suis affligé, d’autant que le remède est bien difficile, cependant le faire de façon ou d’autre, prendre un parti, car quoi que (soit le) danger, les plus grand de tous serait de ne prendre aucun parti (…)

Châtelet.

À Paris, ce jeudi à six heures du soir ». 

 

Depuis 1789, une insubordination plus ou moins larvée affecte l'ensemble de l'armée française : avancement et soldes sont bloqués, royalistes et jacobins s'affrontent parmi les officiers. 

À partir du 5 août 1790, la garnison de Nancy connait à son tour une rébellion, les soldats se persuadant que les officiers les volaient en raison de l'absence de décomptes relatifs à certaines retenues sur leur solde. Elle réclamait sa solde et avait emprisonné ses officiers dont le général de Malseigne, envoyé depuis Besançon par La Fayette pour rétablir l'ordre.

Le 16 août 1790, La Tour du Pin fait voter par l'Assemblée un décret qui « règle les mesures à prendre pour la punition des instigateurs et fauteurs des excès commis par les régiments en garnison à Nancy ». Le 18, La Fayette donne l'ordre de réprimer la révolte ; pour faire un exemple.

Les combats (31 août) firent 300 morts et blessés. Cette affaire eut un impact considérable sur la politique parisienne. La Convention, d’abord en faveur des officiers, condamna au bagne les insurgés, mais après la fuite de Varennes, ceux-ci devinrent le symbole des opprimés. Ils furent réhabilités et le bonnet rouge des bagnards, assimilé par la population au bonnet phrygien, devint dès lors un emblème de la République.


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