paul eluard autographe

Eluard (Paul)

(1895-1952)
Poète français

Lettre autographe signée, Dimanche (Vézelay, 25 janvier 1942), à Georges Hugnet, 2 pages in-4, enveloppe.

 

« Comme au bon vieux temps pourri, j’écris mes rêves (…) les rêves vont vite, l’insomnie lentement, moi j’abrège mes distractions… »

 

« Mon cher Georges,

 

Nous pensons beaucoup à ton état de santé et nous espérons qu’il a, depuis notre départ, continué à s’améliorer. je veux t’écrire depuis que nous sommes ici, car j’ai une bonne nouvelle à t’annoncer : tu me dois 450 frs de moins. J’ai vendu à San Lazzaro mes cinq cartes postales de Dali (…)

Ici nous sommes bien chauffés, bien nourris. Le temps depuis 8 jours a été beau : neige et soleil. Et nous allons chaque jour à la Goulotte où Cécile passe quelques jours.

Comment va la belle Germaine ? ses belles oreilles ? Si vous étiez avec nous, tout serait parfait.

 

Je voudrais te demander ton aide dans la transaction suivante, assez difficile de loin. Je suis en pourparlers avec Bérès (Pierre Bérès, libraire et éditeur) pour l’achat d’un « Chef-d’oeuvre inconnu » (illustré par Picasso) aux alentours de 3000. je ne saurais le prix par téléphone que mardi. Ma mère le paie et dès que je lui enverrai un télégramme, elle te téléphonera pour savoir où et quand elle peut te remettre l’argent. Je compte sur toi pour aller alors chez Bérès prendre l’exemplaire en le payant, mais surtout pour bien le collationner et t’assurer de son état : propre, sans déchirures, sans pliures; etc…

 

Si ça ne marchait pas, Loliée (librairie parisien) me garde jusqu’à la fin de la semaine un exemplaire que j’ai vu, qui est bien, je crois, mais vérifie le toi-même. Il est à 4000. Naturellement Bérès n’en sait rien.

De toute façon, je te téléphonerai, j’essaierai de te téléphoner demain matin ou mardi matin vers 11 heures.

Je veux aussi te demander de t’occuper cette semaine du tirage du livre ouvert. C’est la rançon d’un Chine (!!!). Je dois avoir le second jeu de mise en page mardi, je le renverrai aussitôt. Grou l’aura donc jeudi ou vendredi matin. Il faut qu’il tire sans perdre de temps, en suivant exactement le premier volume comme modèle. Je te récrirai à ce sujet.

 

Inutile de te dire combien je te remercie d’avance de tout cela et que tu peux toujours compter sur moi pour te rendre la pareille.

Ne manque pas, si tu vends quelque chose, de m’en envoyer le montant. Cela me serait utile.

 

Le seul drame ici, c’est que je dors mal. Je me suis même mis à tirer parti de mes aventures nocturnes et, comme au bon vieux temps pourri, j’écris mes rêves. Et j’y ajoute mes terribles insomnies où tout a couleur d’encre et forme de plume fichée dans le cerveau. Le progrès, c’est que je rédige tout cela en deux ou trois lignes (les rêves vont vite, l’insomnie lentement, moi j’abrège mes distractions).

Nusch a une mine de tulipe. Nous faisons nos cinq kilomètres tous les jours. 

(…)

Paul ».   

 

En janvier 1942, Paul Eluard et Nusch s’installent chez des amis, Christian et Yvonne Zervos, près de Vézelay à proximité des maquis. Éluard y rédigera de son poème Liberté qui sera parachuté à des milliers d’exemplaires par les avions anglais au dessus de la France. 



1.400 €