Beauvoir (Hélène de)

(1910-2001)
Artiste-peintre française. Soeur cadette de Simone de Beauvoir.

Cahier manuscrit de jeunesse, sans couverture, 27 pages manuscrites in-4 (16 pages vierges) avec ratures et corrections à l’encre bleue. 

 

« J’aimerais si j’étais un grand peintre faire des tableaux humoristiques mais qui ne seraient comiques que pour moi seule… »

 

Émouvant cahier de la jeune Hélène de Beauvoir, écrit très probablement durant l’adolescence (vers 1925) dans lequel elle se confie intimement et où élabore le plan d’une nouvelle. 

 

Le cahier commence sur ces lignes : 

 

« À l’observateur impartial je dédie ce cahier, afin qu’il me toujours des remords si jamais il m’arrive de rompre avec la cocasserie et de devenir à mon tour une grande personne ».

 

puis quelques lignes : « observateur impartial - un ami lecteur - envie de se jeter par la fenêtre. de gifler l’abbé. Envie d’échapper au destin (métro - se toucher le genou). Besoin de griffer. Existence d’un double de soi ».

 

Hélène de Beauvoir écrit ensuite un long poème, « souvenirs d’enfance » :

« Toujours à plat ventre tu nages

Ah ! Te toucheras-tu oui ou non le genou leurrant le destin tyrannique ?

Oh ! Que ne griffes-tu pas les portes ?

Et le visage blafard derrière les deux vitres qui se fuient, le retiendras-tu  dans le sens du courant ?

Regardes-les bien tous, n’aie pas de honte : tu ne les reverras plus.

Trompant le sourd désir la gifle derrière la table ; offre ton impartialité blonde à la petite fille exaspérée.

Le maillot de bain ne quittera donc jamais ce corps qui n’existe plus… »

« J’aimerais si j’étais un grand peintre faire des tableaux humoristiques mais qui ne seraient comiques que pour moi seule. Sinon ce serait fausser ma vision du monde extérieure  car ce serais supposer que tout le monde le voit comme moi. Le peintre doit montrer à chacun ce qu’il veut voir et toujours se réserver  un petit coin pour lui tout seul, pour pouvoir rire tout bas… » 

 

Ensuite, s’en suivent des indications annonçant le « plan de l’observateur impartial ». 

 

« Elle est dans un immense désespoir. Elle n’arrive pas à comprendre à quoi ça sert de vivre. Elle ne vit que parce qu’elle a un témoin : l’observateur. Et puis, un jour une jeune fille lui dit : quand j’avais votre âge - jusque là elle avait senti des abimes entre elle et les jeunes filles - et le bonheur est tout ce dont on parle dans les livres car elle ne connait que des enfants comme elle et tout le monde sait que les grandes personnes comprennent pas rien à tout ça…. ».

 

Beau cahier à étudier.



500 €