revolution autographe

Révolution française / Juin 1792

Marc-Antoine Bourdon de Vatry 


(1761-1828). Homme politique, frère de Léonard Bourdon.

Lettre autographe signée, (Paris), 16 juin an 4 (1792), 3 pages in-4. 

 

Très interessante lettre sur les évènements révolutionnaires parisiens, citant notamment le ministre girondin Roland, Louis XVI, Dumouriez, Barnave, la mort du général Gouvion et Lafayette. Lettre écrite quatre jours avant la journée du 20 juin durant laquelle les sans-culottes envahirent les Tuileries et menacèrent le roi et sa famille.

 

 

« Voilà pourtant le Roi qui nous soutient à tout moment qu’il aime la constitution, qui tant avant que depuis sa fuite (Varennes), nous a répété nous a juré qu’il la maintiendrait ! Que de perfidies que de duplicité, que d’horreur !… »

 

 

« Je vous aurai inquiété par ma dernière lettre (…), et je vous dois de vous tranquilliser. (…) Eh bien nos 3 ministres étaient donc trop patriotes ! C’est donc bien décidément un crime, que d’être de bonne foy et d’aimer la patrie ? Quel effet va produire dans les départements la vigoureuse lettre du brave Rolland (Roland de la Platière), au chef du pouvoir exécutif ? Quel effet produiront les vérités sensibles qu’il lui adresse, lorsqu’on saura que pour avoir eû le courage de les écrire, il a été chassé ! Combien il faut faire de serments, de promesses, et de protestation pour racheter ou pour faire oublier l’inconséquence et la turpitude de ce renvoi, deux jours après la réception de la lettre ! (Le 10 juin 1792, le ministre de l’Intérieur, Roland, adresse une lettre à Louis XVI rédigée par Manon, dans laquelle il adjure le roi de renoncer à son veto et de sanctionner les décrets. Sa lettre rendue publique, Roland est renvoyé le 13 juin, ainsi que Clavière).

 

Voilà pourtant l’homme Roy (Louis XVI) qui nous soutient à tout moment qu’il aime la constitution, qui tant avant que depuis sa fuite (Varennes), nous a répété nous a juré qu’il la maintiendrait ! Que de perfidies que de duplicité, que d’horreur ! Et puis après tout cela, que nos aristocrates se récrient encore sur l’intolérance du peuple ! Ce peuple qu’ils ont la lâcheté de calomnier voit et suit tout ce qui se passe ; il n’ignore aucune des menées mises en pratique pour le faire dévier et le forcer à céder au sentiment d’une indignation que les atrocités de tous les jours rendent légitimes ; il avait tout ce qui a été imaginé pour opposer les piques aux baïonnettes, pour faire germer le fanatisme, pour faire naitre la division parmi les gardes nationales et en faire résulter la guerre civile. 

 

Ferme et inébranlable au milieu des écueils et des dangers, il n’a point cessé de témoigner des égards pour les pouvoirs constitués. Il a sû tout dédaigner, jusqu’à l’exemple du parjure. Son mécontentement a sû plier devant la loi et lorsqu’on voulait le déterminer à se venger, il ne s’est permis que le dédain.

 

Qu’il est grand et capable de grandes choses le peuple qui peut ainsi maitriser sa furie et les mouvements de son âme ; mais aussi qu’ils sont coupables les hommes assez pervers pour toujours l’abuser et le tromper.

 

Comment par exemple, la postérité, si toutefois l’assemblée nationale lui en a laisser le temps, jugera telle M. Dumouriez. Cet homme, que je ne peux comparer qu’à Barnave, d’après la manière dont l’un et l’autre m’avaient amadoué, cet homme dis je, qu’il y a 6 semaines, vient demander la guerre, veut proposer et décide à l’entreprendre, et qu’aujourd’hui parle pour ainsi dire d’une Capitulation ; cet homme qui a eû la bassesse d’accepter la place d’un Patriote dont ses intrigues paraissaient avoir causé la disgrâce. Que de choses étonnantes ! Quel pays que celui de la cour ! Quelles moeurs que celles des gens qui la fréquentent !

 

La séance de Mercredi était faite pour les événements affligeants et douloureux ; les patriotes ont perdu ce jour là, trois de leurs plus intéressants soutiens ; ils ont vu un homme sur qui ils croyaient devoir compter, quitter les manières, pour le ranger sous celle de l’aristocratie. Et ils ont appris la mort de Gouvion (le général Jean-Baptiste Gouvion mort au combat le 11 juin 1792 . Cette triste nouvelle a excité des regrets vifs et il faut convenir qu’ils étaient mérités. Je désire sans l’espérer, que M. de la Fayette puisse les remplacer etje désire bien plus encore que la mort de Gouvion ne diminue pas le talent du commandant général qui voyait un peu par les yeux de son ami.

 

J’ai reçu une nouvelle lettre de M. Guinebaud (Nicolas Guinebaud de Saint-Mesme, député à la Constituante) ; au moment actuel il doit être rendu à sa destination. Le malheureux pays qu’il habite (Bretagne) va devenir aussi le Théâtre de la guerre. C’est donc une chose bien terrible pour les despotes que la liberté des autres, puisque tous se réunissent pour empêcher les peuples de jouir de ce bien naturel… »

 

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