Piaf (Edith)

(1915-1963)
Chanteuse et parolière française.

Lettre autographe signée «Pupuce », (Suisse), 2 mars 1946, à Yves Montand, 4 pages in-4 sur papier quadrillé.

 

Très belle et longue lettre d’Edith Piaf alors en tournée depuis plusieurs semaines en Suisse.

 

« Hier j’ai du chanter quinze chansons, une heure et quart en scène, tu parles s’ils aiment ça, j’en suis très fière du reste, n’est-ce pas mon pays que je représente ? Et de voir que je fais un peu de bien à La France dans ma petite sphère, j’en suis toute émue… »

 

« Mon adoré,

 

Dire que voilà 15 longs jours que nous nous sommes vus, crois tu que c’est long, je crois que je pourrais être à Paris plus tôt que je ne le pensais, tant mieux, j’en ai mare de ce pays et j’en ai surtout mare de ne pas te voir. Je ne t’envoie jamais de télégramme car ici quand tu payes 15 francs ça fais 1500 francs, alors j’évite toute les folies surtout que par avion tu reçois les lettres presqu’en même tant.

 

Comment es-tu mon adoré ? je suis toujours un peu fatiguée mais ça va quand même un peu mieux qu’avant. espéront que je reviendrai complètement rétablie. 

Il parait que dans un article tu dis que je suis la femme de ta vie… C’est vrai ça ? Mais alors tu m’aimes ? Chic alors !

 

Hier j’ai déjeuné chez le consul de France, en catimini, il est charmant, rassure toi, il y avait sa femme qui est aussi charmante du reste, et quelques hautes personnalités, tel que Proffesseur en philosophie, et un grand banquier, et ma foi des gens forts sympathiques, tous des Français « évidemment ». 

 

Hier j’ai du chanter quinze chansons, une heure et quart en scène, tu parles s’ils aiment ça, j’en suis très fière du reste, n’est-ce pas mon pays que je représente ? Et de voir que je fais un peu de bien à La France dans ma petite sphère, j’en suis toute émue, le consul lui-même a été tout étonner de voir le soir de la première les gens faire le tour de la salle pour passer devant moi et me remercier de leur soirée, il paraît qu’il n’avait vu ça « le consul ».

Aussi, je suis très fière et j’aime autant te dire que tous les jours avant de sortir j’en ai pour deux heures à ma toilette, pas un fil, pas un cheveux qui dépassent, quand je pense que l’on me complimente sur mes toilettes, il y a longtemps que ce ne m’es pas arrivé.

 

Je suis ravie d’avoir cessé de boire, quand je pense à la réputation idiote que je me suis faite grâce à mes sois disants amis, tu peux prendre des renseignements sur moi ici, je t’assure qu’ils seront élogieux. Les gens sont fiers de m’inviter et le respect que je cherche tant vis à vis de moi, et bien je l’ai.

 

Je t’ai trouvé le Rire de Bergson, je crois que c’est assez dur à lire mais tu n’es pas pressé et de toute façon il y a des choses qui t’intéresseront. J’ai aussi trouvé l’Éloge de la Folie d’Erasme, ça je le garde puisque tu l’as déjà lu et je te le ramènerai, tu vois que je pense tout le temps à toi. 

Dédée va t’apporter des bananes et du lait condensé et du chocolat, tout ça pour mon petit enfant à moi !

 

J’ai maintenant une lettre de toi tous les jours et j’en ai reçu les premiers jours que j’étais ici et des fois trois, donc tu es à jour. Je suis ravie et heureuse de voir que tu comprends mon absence pour mon travail, tu es un véritable homme quoi ! (…)

Vous avez votre nez tout rouge sur la photo que vous m’avez donné puis reprise puis redonnez, donner à force de vous embrasser. On dirait que vous avez bu, vous ne faites pas sérieux du tout. Mon tout petit grand, je crois que dans deux ou trois jours, tu vas être installé dans votre nouvel appartement. Je te retrouverai dans un avant goût de notre chez nous. Au revoir mon tout petit, dis toi que chaque jour qui s’écoule est un pas vers notre union définitive et que je t’aime avec toute la force dont je suis capable, c’est-à-dire grand à tout braver à hurler à chanter à me battre avec la vie ! À toi mon grand.

Pupuce ». 

 

 

Edith Piaf et Yves Montand se rencontrent en 1944 sur la scène du Moulin Rouge. Tandis que Piaf y chantait depuis plusieurs mois, Yves Montand, alors jeune chanteur en devenir, assurait sa première partie. Ils tombèrent tout de suite amoureux et entretinrent une relation jusqu’en 1946.


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