Boissy d'Anglas (François-Antoine)

(1756-1826)
Homme de lettres et homme politique français.

Lettre autographe (Brouillon), Paris, 21 brumaire an 3 (11 novembre 1794), à Louis-Gabriel Suchet, 2 pages in-4, ratures et corrections.

 

Très intéressante lettre de Boissy d’Anglais à Suchet, à propos du massacre de Bédouin dans le Vaucluse pendant la Grande Terreur.

 

« On t’accuse d’avoir maintenu à la tête de tes bataillons les sentiments les plus sanguinaires… »

 

« J’ai applaudi citoyen au courage des 4e Bataillon d’Ardèche que tu commandes et à me dire honoré d’être député d’un grand pays qui a donné de si grands défenseurs à la patrie. (…) j’ai ignoré longtemps à la vérité que Suchet fut le chef de ce bataillon, et quand on me l’a dit, ça été de manière à me persuader que ce citoyen ne pouvait être celui que j’avais connu dont j’avais estimé le patriotisme, les principes de justice et d’humanité (…) J’ai vu citoyen la dénonciation faite contre toi, j’ai entendu un de mes collègues demander ton arrestation et la Convention demander le renvoi de cette demande au comité de sureté générale.

J’ai même voté pour cette dernière proposition. J’avoue que j’ai décidé que ta conduite soit examinée 1° à l’occasion des faits de la dénonciation relative à Bedouin ou l’on t’accuse d’avoir provoqué les meurtres et le carnage 2° qu’on t’accuse d’avoir manifestement détaché dans le département de l’Ardèche la même histoire de terreur que dans les départements voisins 3° Sur les dénonciations que tu as accumulées et tout ce que l’on m’a dit de toi, suffirai bien sinon pour me déterminer à prononcer définitivement sur ton compte, du moins pour me faire décider un examen de ta conduite, sans parler des inculpations qui te sont faites par la dénonciation de Carpentras, on t’accuse 1° d’avoir maintenu à la tête de tes bataillons les sentiments les plus sanguinaires… »

 

Cette lettre n’est pas datée de l’an 2 comme l’écrit Boissy d’Anglas mais de l’an 3 puisqu’elle fait référence au Massacre de Bédouin dans le Vaucluse (mai 1794) et qu’elle précède de quelques jours un mémoire rendu par Suchet au Comité de Sureté générale le 16 novembre 1794.

Dans la nuit du 1er au 2 mai 1794, un arbre de la liberté fut arraché et jeté par certains habitants de la commune de Bédouin dans le Vaucluse. Dès le lendemain, la municipalité révolutionnaire ouvre une enquête mais se heurte à des résistances. L’administrateur du département du Vaucluse fait appel au 4e bataillon de l’Ardèche commandé par le futur maréchal Suchet. 

Tous les habitants de sexe masculin rassemblés dans l’église furent – avec toutes les intimidations et menaces dont étaient coutumiers les apôtres de la liberté, de l’égalité et de la fraternité –  sommés de dénoncer les coupables, sans résultat.

Les troupes de Suchet perquisitionnèrent, volèrent, pillèrent, profanèrent les objets du culte et renversèrent la flèche du clocher.

Le tribunal criminel du département de Vaucluse, saisi de l’affaire, vint, à partir du 9 mai, siéger à Bédoin. Le tribunal s’était déplacé avec une guillotine et trois bourreaux.

Au terme du procès, soixante-trois habitants furent condamnés à mort, dix « mis hors la loi », une personne fut condamnée aux fers, treize à la réclusion et une dernière à une année de détention.

Le jugement fut publié et exécuté le 28 mai 1794 en présence de toute la population rassemblée et à l’emplacement de l’arbre arraché.

 

Boissy d’Anglais était devenu après le 9 thermidor un homme politique influent, chef de modérés. Suchet ne fut pas réellement inquiété par la réaction thermidorienne.


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