Conquête de l'Algérie (1837)

Maréchal Bugeaud. (1784-1849).
Duc d'Isly. Maréchal de France.

Lettre autographe signée, Oran, 5 septembre (1837), à Charles de Tournemine, 3 pages grand in-4.

 

Très intéressante lettre à la suite du Traité de Tafna (30 mai 1837) entre Abdelkader et le général Bugeaud.

 

« Abdel Kader exécute le traité (…) Les Arabes enchantés de la paix viennent tous les jours en grand nombre… »

 

« Mon cher Tournemine,

Je réponds bien tard à votre bonne lettre du 16 août. C’est que j’ai été forcé de manquer un courrier tant j’avais d’affaires, et je vous assure que je n’en manque pas encore. De peur que je n’en eusse pas assez, on m’a nommé inspecteur gal de l’infanterie et je n’ai pas le temps de respirer. Mais je dérobe un moment pour vous dire combien je suis sensible à vos bons sentiments pour moi. Tant que l’opinion et l’estime des hommes comme vous me restera, je survivrai des attaques des folliculaires. 

 

Je présumais bien que vous approuveriez la paix que j’ai faite, parce que vous avez jugé l’Afrique, les difficultés de la guerre et le vide des résultats qu’on peut en attendre tant qu’on agira par les expéditions passagères. Il n’y a qu’un moyen de réussir c’est par l’occupation agissante. Les occupations de 4 à 600 hommes comme celles de Tlemcen et de la Tafna ne peuvent aboutir qu’à ruiner bien vite la division côtière d’oral. les détachements sont prisonniers, les troupes d’oral ont assez à faire de leurs porteurs de vivres et chaque fois elles se compromettent et s’éreintent. Pour mieux vous faire comprendre le système d’occupation agissante je vous envoie copie d’une réponse que j’ai faite à un article du journal L’armée. 

 

Mais ce système, le sul bon, je le répète, demande un gros effectif. Notre politique européenne, les résultats à obtenir justifieraient-ils l’emploi de 60.000 hommes dans les provinces d’Alger et d’Oran ? Je vous laisse en à juger. 

Vous allez par devoir à C… vous faites bien, les hommes comme vous doivent montrer leur dévouement jusqu’au bout. Vous en serez récompensé, ne fut-ce que par l’estime de vos bons camarades et la votre.

Comme vous je redoute l’expédition dans cette saison. Aurez-vous de l’eau et du fourrage pour vos 4 ou 5000 chevaux ? Pourrez-vous porter à la fois vos vivres et le matériel du génie et de l’artillerie. Si vous ne portez pas tout d’une fois, avez-vous assez de monde pour convoyer et attaquer la place ou du moins rester devant et garder les places jusque’à ce que (le) reste soit arrivé. Sans doute on aura poussé à tout cela et si l’on entreprend c’est qu’on aura des chances de réussir.

 

La grande difficulté c’est d’arriver avec les moyens nécessaires. Si vous entreprenez cette année je fais des voeux bien ardents pour votre succès. 

Abdel Kader exécute le traité  ; il m’a envoyé son ? et 1100 boeufs bien choisis. Il m’en annonce encore 3 à 4000, ce qui me contrarie, parce qu’étant déjà encombré, nous ne saurons comment les nourrir. À Mostaganem et ici, le commerce est très actif. Les Arabes enchantés de la paix viennent tous les jours en grand nombre.  

 

J’envoie le général Brossard en convalescence en France. Il est à désirer, soit dit entre nous, qu’il ne revienne pas en Afrique (Le général de Brossard sera jugé pour trahison en août 1838 après une dénonciation du général Bugeaud). Vous ne vous faites pas d’idée combien l’armée et les citoyens voyaient avec anxiété la perspective de rester sous ses ordres (…)

Bugeaud ». 

 

Nous joignons à cette lettre un important manuscrit de 24 pages in-folio intitulé « Mémoire sur la Guerre dans la province d’Oran » dont le titre est de la main du général Bugeaud et le contenu rédigé par un secrétaire.

Ce mémoire commence par ces lignes : « L’expédition qui partant de la Tafna, à commencé le 12 juin, et fini le 19 juillet, les trois combats qui viennent d’être livré, et surtout le dernier, ont porté un coup mortel à la puissance matérielle et morale d’Abdel Kader. Toutefois, il ne faut  pas faire illusion ; si l’on tombait dans l’inaction, on ne retirerait que bien peu de fruit de ces succès qui peuvent devenir décisifs en persévérant dans ce système de colonies agissantes, parcourant le pays en combattant l’ennemi partout ou il se présente. ce n’est ainsi que l’on peut lasser les populations, ne trouvant de sécurité et de repos nulle part, n’ayant aucun abri sur pour leurs femmes, leurs enfants, et leurs troupeaux, elles finiront par se soumettre, et viendront successivement se ranger sous nos drapeaux pour combattre le Chef ambitieux qui leur cause tant de mal.

La conduite que je trace aux français est pénible sans doute, mais il faut s’y résoudre ; c’est le seul moyen de réussir… ».

 

Il s’en suit les recommandations du général de Bugeaud sur le choix de soldats et des officiers, et les stratégies d’expéditions à adopter. Le manuscrit est divisé en quelques chapitres : « Composition des colonies d’expédition », « Des camps retranchés », « Subsistances », « Des reconnaissances ». Passionnant document historique à étudier.

 


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