joseph fouché lettre autographe signée

Fouché (Joseph)

(1759-1820)
Conventionnel, ministre de la Police de Napoléon Ier et de Louis XVIII

Lettre autographe signée, Paris, 13 mai 1808, à « Monseigneur » (Joachim Murat), 1 page in-folio. Très intéressante lettre sur le divorce de Napoléon avec Joséphine et sur la descendance de l’Empereur.
 
« Jamais on n’a plus manifesté des vœux pour un prompt divorce. Il y a unanimité dans l’opinion & impatience de le voir réalisé… »
 
« Monseigneur,
La princesse a eu la bonté de me communiquer la lettre de vôtre Altesse. Les détails qu’elle renferme sur l’Espagne m’ont fait grand plaisir. Je n’aime pas le voisinage des Bourbons.
Nous sommes ici dans la plus profonde tranquillité, mais les affaires d’état n’avancent pas aussi vite que je le désirerais. L’empereur est encore absent de Paris – pour quelques mois, nous serons très inquiets s’il entre en Espagne. Jamais on n’a plus manifesté des vœux pour un prompt divorce. Il y a unanimité dans l’opinion & impatience de le voir réalisé. Chacun sent aujourd’hui qu’il n’y a de garantie pour sa personne & pour sa propriété que dans les enfans de l’empereur – que tous les majorats n’ont d’appuy que sur le grand majorat de l’empire. Nos ennemis seuls ont un grand intérêt à un système contraire, et leur haine ne leur permet pas de garder le silence ; ils disent hautement que le plus grand malheur qui puisse arriver à l’Europe, c’est que l’empereur ait des enfants, parce qu’alors sa dynastie qui n’est que viagère acquierra toutes les formes de la durée. En effet ce n’est pas seulement l’attentat qui devient inutile, mais il est encore certain que l’empereur attachera plus de prix à la vie lorsqu’il aura des enfans & qu’il voudra la conserver pour eux ; ses jours seront moins attaqués et mieux déffendus (…)
Fouché »
Comme l’indique Fouché dans cette lettre, Napoléon n’est pas à Paris mais à Bayonne. Trois jours auparavant l’empereur venait d’offrir la couronne d’Espagne à son frère Joseph. Napoléon ne rentrera à Paris que le 15 août.
Le divorce de l’empereur avec Joséphine est une question qui agite le milieu impérial dès 1807 (l’impératrice pensait que Murat intriguait afin que Napoléon puisse obtenir le divorce). La rumeur circule activement en France et auprès des cours européennes. Napoléon reprochera souvent à Fouché de propager de mauvaises informations sur le sujet. Dans une lettre à Cambacérès (19 juin 1808), Napoléon écrira : « Mon Cousin, on m'assure qu'on tient chez Fouché les propos les plus extravagants. Depuis les bruits sur le divorce, on dit qu'on en parle toujours dans son salon, quoique je lui aie fait connaître dix fois mon opinion là-dessus. » [Lettre n° 14110, Correspondance de Napoléon Ier, édition du Second Empire, réimpression 2002, tome VIII, p. 318].
 
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