robert brasillach autographe manuscrit

Brasillach (Robert)

(1909-1945)
Ecrivain français

« Pas de pitié pour les assassins de la patrie  ! », Manuscrit autographe signé, (Paris), 25 octobre 1941, 5 pages in-4, corrections et ratures. Article paru dans Je Suis Partout n° 535. 

 

Manuscrit de Robert Brasillach d’un intérêt historique exceptionnel. L’écrivain y dénonce les actes de résistance, soutient la collaboration et termine par lancer un véritable appel aux meurtres de tous les « ennemis de la patrie ». 

 

L’article est écrit quelques jours après l’assassinat de l’officier allemand Karl Hotz (1877-1941) par la branche armée du Parti Communiste. Assassinat qui eu pour conséquence l’exécution de 48 otages dont Guy Môquet et Jean-Pierre Timbaud.

 

« Pas de pitié pour les assassins !

De Montoire à Nantes.

 

Nous demandions, la semaine dernière, que l’anniversaire de l’entrevue de Montoire (entrevue entre le maréchal Pétain et Adolf Hitler le 24 octobre 1940) coïncidait pour le moins avec l’image sublime du gibet de Montfaucon, où l’ancienne France exposait les coupables.

Les criminels qui veulent la perte de notre nation en ont décidé autrement, et ont préféré célébrer l’anniversaire de Montoire par un attentat plus grave encore que ceux qui l’ont précédé, l’assassinat du Feldkommandant de Nantes.

Aux Français qui unissent la légitime indignation de leur coeur à la plus justifiée des inquiétudes, nous demandons de réfléchir un instant, et de penser que ces coïncidences ne sont pas vaines.

Faisons un peu d’histoire. Trois semaines après l’entrevue qui offrait à la France des perspectives encourageantes, en pleine euphorie de la nouvelle politique, en pleine négociation de M. Laval à Paris (ces négociations qui devaient sauver l’Empire, ouvrir les portes des Stalags, qui sait ? plus encore), les assassins de la patrie fomentaient les manifestations du 11 novembre 1940 qui avaient amener la fermeture des facultés, et, un mois après, mettaient au point la conjuration du 13 décembre.

Après de longs mois d’incertitude, l’amiral Darlan, éclairé par une vue réaliste de la situation et par une intelligence lumineuse des destins de la nation, avait avec le chancelier Hitler l’entrevue historique du 11 mai, jour de la fête de Jeanne d’Arc. Le jour même - mais trop tard - les émigrés de Londres donnaient l’ordre de manifester et laissaient éclater leur rage, le lendemain, d’avoir si mal réussi.

 

Ces jours-ci enfin, la presse, citée pas tous les journaux parisiens et provinciaux, avançait un renouveau dans les relations franco-allemandes. La presse belge donnait les détails intéressants. Sans vouloir faire de la diplomatie sur la place publique, on sait que chacun espérait beaucoup de l’automne (…) Pour les ennemis mortels de la France, il était temps d’agir, comme le 11 novembre, comme le 11 mai, mais plus durement encore, plus dramatiquement; l’ordre d’assassinat fut donné.

(…)

À chaque fois que l’on parle de négociations, qu’on n’espère de nouveaux retours de prisonniers, l’ordre est troublé par ceux qui ne veulent A AUCUN PRIX de la survie et de la santé de la France (…) A chaque fois que la route va s’ouvrir,  les ennemis de la patrie jettent des barrages.

 

L’immense majorité du peuple français, le commandant en chef des troupes d’occupation l’a dit, éprouve avec horreur ces attentats criminels que le maréchal Pétain condamnait il y a un mois. Mais une minorité affolée par l’étranger se saoule de crimes et d’une complicité au moins passive. Les hommes qu’on arrête parfois dans les milieux les plus bourgeois, pour distribution de tracts et d’action illégale, ils sont en effet moralement complices; Qu’attend on pour les frapper ? Qu’attend on pour les fusiller les chefs communistes déjà emprisonnés ? Qu’attend on pour coller au mur Péri et Dutilleul ? (Gabriel Péri et Mounette Dutilleul) Et il n’y a pas seulement les communistes… Une minorité d’agents de l’étrangers, à chaque fois qu’elle apparait à l’horizon, TORPILLE LA PAIX FRANÇAISE.

 

Français !

Voulez-vous que nos camarades, plus d’un millier d’hommes de moins de quarante ans, restent encore des mois et des années derrière les barbelés des camps, puisqu’on peut craindre qu’ils n’aillent renforcer un pays toujours ennemi ?

Voulez-vous que la France occupée d’une grande partie de son territoire et de son empire devienne une vague sous-province de la grande Europe ?

(…)

Voulez-vous que notre patrie, que la France, que la première-née des nations de l’Occident, prise dans les antagonismes rivaux, parce qu’elle n’a pas su discerner sa vérité et son avenir, s’éteigne lentement, misérablement, sans qu’elle laisse dans la mémoire des hommes autre chose que la trace lumineuse qu’ont des races disparues ?

 

Voulez-vous tout cela ? Qui n’est pas seulement un mal métaphysique, mais un mal matériel, corporel, le mal de vos personnes, de vos foyers, de ceux que vous aimez ? Voulez-vous l’exil des vôtres ? Voulez-vous la fin de tout ce qui vaut la peine de vivre ?

Ou bien, voulez-vous vivre tout court ?

Contre ceux qui veulent la mort de la paix et la mort de la France, tout est légitime. La preuve a été faite mille fois de leur acharnement criminel.

L’attentat de Nantes ajoute une nouvelle preuve, sanglante et irrécusable. Pas de pitié pour ceux qui veulent assassiner la patrie, quels qu’ils soient, et où qu’ils soient !

Robert Brasillach ».  

 

Karl Hotz avait été assassiné le 20 octobre 1941 par trois résistants venus de Paris : Gilles brustlein, Marcel Bourdarias et Spartaco Guisco (membres de l’Organisation Spéciale (O.S.), branche armée clandestine du P.C.F. pendant la Seconde Guerre mondiale). Les conséquences de l’attentat sont terribles. Hitler ordonne l’exécution immédiate de 100 otages. Finalement, 48 seront fusillés le 22 octobre dont Guy Moquet et Jean-Pierre Timbaud. 

Cet article est resté dans les mémoires. Simone de Beauvoir, dans son autobiographie, La Force des choses écrit : « Aussi tombai-je des nues lorsque, peu de jours avant le procès de Brasillach, quelqu’un me demanda de mettre mon nom en bas d’un papier que ses avocats faisaient circuler : les signataires déclaraient qu’en tant qu’écrivains ils se solidarisaient avec lui et qu’ils réclamaient l’indulgence du tribunal. D’aucune manière, sur aucun plan je n’étais solidaire de Brasillach : que de fois, lisant ses articles, j’avais eu des larmes de rage ! « Pas de pitié pour les assassins de la patrie » écrivait-il ». 

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