Duvivier (Julien)

(1896-1967)
Réalisateur français.

Lettre autographe signée, Cassis, 11 décembre 1924, à un « cher ami », 2 pages grand in-4 (trous de classeur), en-tête de l’ « Hotel restaurant Liautaud ».

 

« Aussi tenterai-je de rester dans les limites de la bienséance en vous disant purement que ça me fait chier… »

 

« Mon cher ami,

En arrivant à Avignon hier matin à 8 heures, tout était gelé, moi le premier. Il y avait des glaçons dans les ruisseaux et du givre sur tout. Physiquement et moralement refroidi sur la perspective d’un séjour campagnard à 0°, j’ai avec la même promptitude de décision dont vous eûtes jadis à l’Isle Adam un échantillon, repris le train suivant vers des contrées plus hospitalières - et à midi 1/2 je débarquai dans le grand port de Cassis… Il y faisait un soleil radieux (…)

Ici au moins c’est un petite merveille (…) Comme, cependant, la vie ressemble à un plat d’haricots pas cuits, il y a une ombre indigeste sur le tableau. J’ai du en effet faire appel ce matin aux lumières du docteur cassissien qui, du mal de reins que j’avais en quittant Paris, a fait un splendide lumbago dont je ne vous dis que ça (…)

Priez pour moi car je suis bien bas. Autrement dit c’est dégueulasse, et je vous prends à témoin que je n’ai jamais été ni si souvent, ni si sérieusement malade que depuis que je bois de l’eau et surveille ma boustifaille.

(…)

Il faut vous dire aussi qu’aujourd’hui il pleut. Aussi tenterai-je de rester dans les limites de la bienséance en vous disant purement que ça me fait chier. Je me propose d’utiliser de prochains loisirs et écrire une longue missive au sieur Kofler (Raoul Kofler, assistant réalisateur de Duvivier) que je lui enverrai par votre intermédiaire, et où je parlerai de diverses questions de la plus brulante actualité.

1° De la possession des femmes des autres, et de l’incendie considéré comme des beaux arts.

2° De la civilité puérile et honnêtes en matière de tapage et autres façons de dégarnir la bourse de ses contemporains.

3° Des différentes façons de travailler et de l’initiative en matière cinématographique.

N’oubliez pas activement la Machine svp. Avez vous pensé à mon entrefilet sur la Tragédie à Fémina. (…)

Julien Duvivier ». 

 

En 1918, Julien Duvivier entame son parcours au cinéma chez Gaumont comme scénariste et assistant, entre autres d'André Antoine, devenu réalisateur (pour le film La Terre). Dès l'année suivante, Duvivier réalise son premier film, Haceldama ou le prix du sang, qui cependant ne connaît qu’un succès mitigé.

Parmi les films qu’il tourne dans les années 1920, plusieurs traitent de sujets religieux, notamment Credo ou la Tragédie de Lourdes (scénario Georges d'Esparbès), L'Abbé Constantin, ou encore La Vie miraculeuse de Thérèse Martin. Sa filmographie ne restera jamais cantonnée cependant à une thématique ni même à un style particulier et en 1926, il tourne L'Homme à l'Hispano avec Georges Galli.

Julien Duvivier rencontrera un grand succès dans les années trente avec notamment deux grands chef-d’oeuvres : La Belle Équipe et Pépé le Moko


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