jacques mesrine autographe

Mesrine (Jacques)

(1936-1979)
L’Ennemi public numéro 1

Lettre autographe signée, Prison de Fresnes, 15 août 1977, à Joyceline Deraiche, 4 pages grand in-4 avec dessin représentant deux fleurs. Longue et belle lettre d’amour de Mesrine dans laquelle il confie notamment ses ennuis judiciaires après la publication de son livre L’Instinct de mort (paru le 3 février 1977 chez Jean-Claude Lattès).
 
« Je suis resté exactement le même… Tout en étant plus raisonnable pour certaines choses… Plus calme aussi… Dans la mesure où personne ne me provoque… Eh oui… Tu dois te souvenir que dehors il faut le respect car, quand « le gros » explose… ca fait « Bingo »…
 
« Mesrine Jacques
663-113 QHS
(…)
Bonjour toi que j’aime.
Ecoute ce que je te dis… C’est pour toi. Bien sûr il y a les ans qui marquent nos visages. Bien sûr il y a le temps qui efface l’image. Bien sûr j’ai oublié la douceur de tes lèvres et mes mains dans la nuit ne caresse que vide. Bien sûr tu pleures… Je souffrirai encore et ma bouche en un rêve caressera ton corps. Bien sûr… Il y a les mois, moins longs que les années !
Mais l’heure est un calvaire au loin de l’être aimé. Bien sûr je crois en toi… C’est si simple « je t’aime ».
(…)
Comment vas-tu mon ange ? Aujourd’hui jour de fête en France… (Pour les gens libres) moi… Je trouve que chaque jour, chaque mois, chaque année se ressemblent et du fond de ma cellule j’ai oublié à quoi ressemble la liberté. Oh je suis resté exactement le même… Tout en étant plus raisonnable pour certaines choses… Plus calme aussi… Dans la mesure où personne ne me provoque… Eh oui… Tu dois te souvenir que dehors il faut le respect (sic) car, quand « le gros » (sic) explose… ca fait « Bingo ».
Comme cela tu perds régulièrement au jeu du Bingo… Que veux-tu au jeu comme en amour… On ne peut pas toujours gagner. Actuellement j’ai de très graves ennuis avec le gouvernement français qui m’a fait saisir tout mon argent de mon livre (L’Instinct de Mort). Car je dois payer à l’état et aux parties civiles une somme énorme représentant plus de $ 90.000… Tu comprendras ma colère mais je ne peux rien y faire. Mes avocats font tout leur possible… Mais je n’y crois pas.
Enfin je trouverai bien une solution… Je l’espère. Ce qui m’ennuit c’est que pour l’instant je ne pourrai pas m’associer avec ton frère. Cela va me retarder… Mais ça se fera plus tard. Je t’expliquerai cela sur une autre lettre OK mon ange !
Tu réalises que la justice ne me laisse même pas de quoi élever Sabrina (sa fille)… pour l’instant ca va !... Mais il va falloir faire attention car je suis le seul soutien de « la puce ». Enfin… Je me suis toujours sorti de mes problèmes… Je vais faire marcher ma cervelle (sic).
Et toi que fais-tu par ce beau soleil québécois ?
(…)
Je suis fait de bois dur et mes idées restent les mêmes… Car je suis le même. Je veux avant tout, savoir où j’en suis question justice… Après j’envisagerai mon avenir. Mais une chose est certaine, cet avenir « c’est toi ».
(…)
Les années passeront… les souffrances, les larmes, les douleurs ne seront qu’un mauvais souvenir (…)
Bonne nuit ma douce poupée.
Ton mari… eh oui « Le gros » dit Bruno ».
 
Arrêté en septembre 1973 par le commissaire Broussard, Jacques Mesrine est incarcéré dans un premier temps à Fleury-Mérogis puis à Fresnes avant d’être condamné en mai 1977 à 20 ans de prison et d’être transféré au Quartier de Haute Sécurité (QHS) de la prison de la Santé. C’est durant ce séjour à la prison de Fresnes que Jacques Mesrine entreprend d’écrire L’Instinct de Mort. Il s’évadera le 8 mai 1978 de la prison de la Santé en compagnie de François Besse.
 

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