louis ferdinand celine autographe

Céline (Louis-Ferdinand)

(1894-1961)
Ecrivain français

Lettre autographe signée « LF Céline », à Charles Deshayes, Copenhague, 23 février 1948, 2 pages in-folio, enveloppe manuscrite jointe. Belle lettre de Céline au sujet de son impossibilité à rééditer ses romans.
 
« Une puanteur de flicaille et d’épuration et de chantage (…) En vérité il faudrait que je monte une maison d’édition par moi-même… »
 
« Cher ami,
Il est bien brave le professeur R. Qu’il agite nom de Dieu qu’il agite ! Normalement je vous le dis, il faudra 10 ans – 4 ans viennent déjà de passer, c’est du 6 au jus !
Il n’est pas en retard cet éditeur, mais il n’y a rien à faire cramponné comme je suis par les Denoël, héritiers sortis je ne sais comment  de son cercueil en rangs serrés, piaillards impérieux, une pétasse dite Mme Voilier ! jusqu’à un frère Barbu de Denoël, un des 15 ! (ils étaient 15 frères !) tout un Guignol ! le tout dans une puanteur de flicaille et d’épuration et de chantage…
Non en vérité il faudrait que je monte une maison d’édition par moi-même à l’étranger, fictive.
La mère Voilier me ferait alors des procès à moi pour le crime d’éditer mes propres livres qu’elle n’édite plus !
Votre bien amical
LF Céline ».
 
« Le professeur R. » dont il est question au début de la lettre est Louis Rougier (1889-1982), professeur de philosophie dont le nom est resté dans l’histoire de la Seconde Guerre mondiale pour sa « mission secrète à Londres », sa tentative de négociation entre Pétain et Churchill fin 1940-début 1941.
Dans cette lettre, Céline témoigne d’une grande inquiétude concernant la réédition de ses romans. La situation paraît bloquée en février 1948. Céline était lié à Denoël, qui, après l’assassinat  de l’éditeur, était devenu la propriété d’une femme, Jeanne Loviton alias Jean Voilier. Elle refuse de rééditer Céline tant qu’elle est elle-même retenue par l’hypothèque d’un procès intenté à la maison Denoël pour collaboration. Étant propriétaire des droits pour l’ensemble des ouvrages publiés par Céline chez Denoël, Jeanne Loviton refuse de rendre sa liberté à l’écrivain qui a fait la fortune de la maison d’édition.
Charles Deshayes était un journaliste lyonnais qui entretenait une correspondance soutenue avec Céline alors réfugié au Danemark. L’écrivain s’installa en 1948 avec sa femme Lucette à Klarskovgarrd non loin de la ville de Korsør sur la mer Baltique.
 
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