Claude Monet lettre autographe

(Monet Claude)

Louis Gillet (1876-1943)
Historien d'art et de littérature française.

Louis Gillet (1876-1943). Historien d'art et de littérature française.

Lettre autographe signée, Ermenonville, 2 octobre 1924, à Claude Monet, 4 pages in-8, en-tête de l’Institut de France / Musée Jacquemart-André.

 

Très belle lette de Gillet après une visite à Claude Monet dans sa maison de Giverny.

 

« J’ai si grand peur que vous ne brûliez ces belles choses grandioses, mystérieuses et sauvages que vous m’avez montrées ! je vous supplie de leur faire grâce… »

 

« Mon bien cher Maître,

Nous sommes encore ravis de la journée de Giverny. Elle nous laisse dans un enchantement qui nous parait invraisemblable. Ce merveilleux lundi, ce soleil délicieux, ce jour d’or, suivi aussitôt de ces grisailles, de ces orages… Nous voyons bien que nous étions chez un magicien.

 

Ah pourquoi ce magicien veut-il être malheureux ? Pourquoi se tourmente t-il, quand il fait de si belles choses ? Ces toiles que vous m’avez montrées, je les trouve magnifiques ! C’est ce que vous avez fait de plus emporté, de plus lyrique. J’en conserve la même impression que m’ont données les derniers Frans Hals, ou certains tableaux de la vieillesse de Titien.

Le couronnement d’Epines du Louvre est bien beau, sans doute, mais il y a une réplique au musée de Munich, faite par le vieux maître, et qui dépasse le premier état de cent coudées.

 

Rien de plus beau que ces concisions, que ces simplifications suprêmes des grands maîtres. On voit là ce qu’est la peinture : combien il faut peu de toucher, peu de matière, entre les mains d’un homme qui suit tout et qui laisse parler son coeur. 

Seulement, je crois imprudent de revenir, avec cet art fougueux, sur des toiles déjà exécutées dans un autre système. Je n’eusse pas conseillé à Frans Hals, de retoucher avec la palette des Régentes, la splendide Bohémienne de la galerie La Case. le père Hugo disait qu’il ne faut jamais corriger un livre déjà imprimé ; Une oeuvre se corrige par une autre. Si l’on revient sur la première, on risque de détruire l’unité.

 

Pardonnez moi, mon cher maître, d’oser vous écrire si librement. J’ai si grand peur que vous ne brûliez ces belles choses grandioses, mystérieuses et sauvages que vous m’avez montrées ! je vous supplie de leur faire grâce. ne soyez pas plus difficile que ceux qui aiment vos peintures…. »



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