commune de paris autographe

Commune de Paris (1871)

COMMUNE DE PARIS (1871) ROCHEFORT Henri (1831-1913)
Journaliste et homme politique français

Manuscrit autographe signé « Les insurgés de Versailles », (Paris) (2 avril 1871), 1 page grand in-folio avec corrections et ratures, découpée pour impression et remontée. Très intéressant témoignage de Rochefort avant la grande répression de la Commune par Thiers.
 
« M. Thiers confiant son aile droite au prince Frédéric-Charles et son aile gauche à notre Fritz pour écraser « en toute facilité » les Parisiens, jamais Louis XVIII n’a rien rêvé de plus triomphal ! Quant à nous, faut-il l’avouer à nos lecteurs, nous n’osons pas espérer un tel succès pour la République »
 
«Nous connaissons des journaux tellement réactionnaires qu’ils voudraient replacer à la fois sur le trône Napoléon III, le comte de Paris et le comte de Chambord. Eh bien ! Ces journaux qui préfèreraient à la République un trône à trois compartiments viennent de publier avec une simultanéité remarquable la note suivante :
‘’M. de Bismarck a déclaré à M. Thiers   qu’il lui donnerait toute facilité pour le paiement de l’indemnité de guerre ainsi que pour la répression de l’émeute qui a éclaté à Paris’’.
Cet avis au public rapproché de l’agglomération, de troupes dirigées sur Versailles des pays les plus lointains, donne à penser aux âmes sensibles que le gouvernement de Seine-et-Oise nourrirait le projet nocturne de faire marcher contre la capitale les troupes et les gardes nationales des départements.
 
Le ‘’Toute facilité’’ laissée par M. de Bismarck indiquerait en outre que non seulement l’armée prussienne ouvrirait volontiers ses rangs pour laisser passer le défilé, mais qu’au besoin elle appuierait le mouvement de quelques batteries Krupp et de plusieurs régiments de la garde royale.
Ainsi, liberté sainte ! Voilà où peuvent conduire les fureurs réactionnaires. Il nous sera donc donné de voir M. Thiers en colonel de cuirassiers blancs demandant à M. de Moltke des renseignements sur la façon la plus rapide d’affamer et de réduire Paris (…) M. Thiers confiant son aile droite au prince Frédéric-Charles et son aile gauche à notre Fritz pour écraser « en toute facilité » les Parisiens, jamais Louis XVIII n’a rien rêvé de plus triomphal ! Quant à nous, faut-il l’avouer à nos lecteurs, nous n’osons pas espérer un tel succès pour la République.
Cette résolution de la part de nos gouvernants les tuerait plus sûrement dans l’esprit du public que tous les décrets de déchéance que nous pourrions rendre contre eux. Si le chef de ce pouvoir exécutif, qui se trouve n’avoir plus rien à exécuter, veut assister à une belle séance de fraternisation, il n’a en effet qu’à lancer sur Paris les troupes actuellement rassemblées à Versailles. Il verra derrière ses lunettes comment trois cent mille Français se jettent dans les bras les uns des autres et nul doute qu’il n’exprime sa surprise à son ami Manteuffel en assistant au spectacle nouveau de mitrailleuses allant se ranger d’elles-mêmes au côté de ceux contre lesquels elles étaient pointées (…) Sache bien ceci petit vieillard, et garde toi de l’oublier : Paris redevenu imprenable comme au moment du siège, fabriquerait de nouveau contre toi tous les engins mortifères qui auraient accueilli les Prussiens si ceux-ci avaient osé l’attaquer de vive force. Une commission des barricades que j’avais l’honneur de présider avait construit à nos portes des redoutes destinées à recevoir l’ennemi et dont tu as pu apprécier la solidité (…). Henri Rochefort ».
 
Le Second siège de paris par les troupes versaillaises avait commencé le 21 mars. La Commune de Paris sera écrasée et ses membres exécutés en masse lors de la Semaine sanglante (21-28 mai 1871). Henri Rochefort (dont son rapport avec les Communard était ambigüe, échappera à la répression mais sera rapidement arrêté à Meaux puis condamné à la déportation en Nouvelle-Calédonie (où il réussira à s’échapper). 


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