Gracchus babeuf autographe manuscrit

Babeuf (Gracchus)

(1764-1797)
Journaliste et penseur révolutionnaire

Poème autographe, Fable, 1 page et demie in-8. Très rare et curieuse fable satirique contre Louis XVI et Marie-Antoinette (47 vers). Ancienne collection Philippe Zoummeroff.
 
« Chassons, se dirent-ils du trône, Cette drôlesse et ce butor, Et nous donnerons la couronne, Au puiné qui plaint notre sort »
 
« Le lion, de toute antiquité,
Jouissait de la royauté
Sur le peuple qu’on nomme bête :
Mais Jupiter se mit en tête
Voulant favoriser ces pauvres animaux
De les changer de Maitre et soulager leurs maux
Il donna donc à ce peuple bonace
Un nouveau Maître d’une nouvelle race.
Un tigre, dira t-on ?
Non ! C’était un anon.
Animal entêté, mais nullement sévère,
Simple, bon, mais faible, voilà son caractère
Encor s’il se fut contenté
De s’accoupler en parenté
Avec jeune et gentille anesse
Mais son épouse était tigresse
Haïssant ses propres sujets
Sur-tout libertine à l’excès
Pour gouverner avec licence
Il lui fallut des favoris
Et dans la plus abjecte engeance
Ces êtres vils furent tous pris
(…)
Elle avait mis au Ministère
Un paon le plus vain des oiseaux
Qui pour la flatter et lui plaire
De tout l’aidait à s’emparer
Le peuple ne put subsister
Et bientôt perdant patience
Cria contr’elle et son anon
Et envoie faire remontrance
Au dit seigneur Aliboron (l’âne des Fables de La Fontaine)
Mais maudite fut l’ambassade
Il répond par une ruade.
Aussitôt le peuple irrité
De cet abus d’autorité
Cessant alors d’être fidèle
Prit le parti d’être rebelle
D’agneaux qu’ils avaient été tous
Ils devinrent autant de loups.
Chassons, se dirent-ils du trône
Cette drôlesse et ce butor
Et nous donnerons la couronne,
Au puîné qui plaint notre sort ».
 
Il est difficile de dater ce document. Néanmoins, Babeuf pourrait évoquer dans cette fable la nomination de Loménie de Brienne en 1787 en qualité de Contrôleur général des finances. Ce dernier était très proche de Marie-Antoinette (elle appuya sa nomination) et Babeuf écrit : « Elle avait mis au Ministère / Un paon le plus vain des oiseaux ». Aussi, le dernier vers « Au puîne qui plaint notre sort » peut laisser penser que ce poème a été écrit avant 1792 puisque Babeuf conclut que le peuple donnera sa couronne à Louis-Stanislas-Xavier (le puîné, futur Louis XVIII). Cette conclusion assez étonnante compte tenu de la pensée babouvienne, laisse penser que ce texte a été rédigé avant la radicalisation politique du révolutionnaire.
Enfin, les vers évoquant une « remontrance » et une « ambassade » peuvent-ils se rapporter aux Etats-Généraux ? Si cela était le cas, cette fable aurait été écrite autour de 1790/1791.
 
 
Babeuf a été la tête pensante de la Conjuration des Égaux (1797) dont le but était de continuer la Révolution et d’aboutir à la collectivisation des terres et des moyens de production via l’abolition de la propriété privée. Arrêté en mai 1796, Gracchus Babeuf est guillotiné le 27 mai 1797. Marx et Engels ont reconnu dans la démarche de Babeuf une première manifestation historique et « agissante » d’un groupuscule communiste et dans l’homme et sa pensée, un précurseur du socialisme.
 
 
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