jean bertrand pontalis autographe

Pontalis (Jean-Bertrand)

(1924-2013)
Philosophe et psychanalyste français

Lettre autographe signée, (Rome), Dimanche 15 septembre (1957), à Michèle Vian, 2 pages in-4, en-tête de la revue Les Temps Modernes. Belle lettre de Pontalis, pleine d’humour, confessant l’ennui qu’il éprouve à Rome.
 
« C’était terrible comme disent les petits snobs de Vian »
 
« Ma douce Michèle,
Je revois ta drôle de tête toute sortie de l’eau azur de Deligny et j’ai envie de t’écrire. Aujourd’hui n’est pas bon. Les Romains ont cessé d’un coup de m’émerveiller. Comme nous, ils trainent leur ennui dans leur bois de Boulogne, au début je n’en reconnaissais aucun, c’étaient tous des êtres miraculeux et voilà que je m’aperçois qu’il y a aussi de sales petits bourgeois italiens (…) c’est moche.
Et puis il y a Rome antique comme dit le Bachelier, décidément de lecture difficile. Mais ça je ne sais pas ce que tu en penses, ça flaira toujours l’escroquerie, c’est fait exprès, il ne manque que des bonshommes en toge. Restent les gosses, les filles – mais je ne sais pas un mot d’italien et ça c’est déjà pas commode quand on est indigène – et les rues, surtout dans le quartier où j’habite. Tu ne peux pas savoir ce que c’est. Tout le monde est dehors et ne fait rien. Il y en a qui vendent des cigarettes sur des petites tables (je ne fume plus que des players ma jolie) mais ceux là accomplissent une mission.
Et puis bien sûr il y a les curés, de quoi inspirer Boris pour la vie. Une marchande de journaux me disait tout à l’heure qu’elle avait à la fois la ruse des prêtres et celle des communistes. Ca m’a plu petite Michèle, j’écris comme un cochon mais je t’aime (…) Juste aperçu un appartement sensationnel ; l’ascenseur arrive dans l’appartement (la porte de l’ascenseur c’est la porte !) C’était terrible comme disent les petits snobs de Vian.
Je voudrais un ascenseur comme ça dans Huis-Clos mais le metteur en scène dira non. Il est un peu con, toutefois on fait pire. Je me débrouille (…) C’est égal, dimanche n’est pas un jour. Le jour où je te retrouverai en sera un. Tu me débarbouilleras la figure de rouge à lèvres, dis ?
J.B ».
 
Ancien élève de Jean-Paul Sartre, Jean-Bertrand Pontalis collabora à la revue Les Temps Modernes.
 


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