Lamartine lettre autographe

Lamartine (Alphonse de)

(1790-1869)
Homme de lettres et homme politique français

Lettre signée avec quatre lignes autographes, novembre (1851), à Arthur de La Guéronnière, 5 pages in-4 à son chiffre couronné. La lettre est rédigée par Marianne Lamartine. Belle et importante lettre politique, « confidentielle », dans laquelle Lamartine fait part de ses divergences avec son correspondant au sujet de la rédaction du Pays et à l’approche du coup d’État.
 
« N’ayez en politique que la justice pour ceux que vous devez juger et du silence pour ceux que ni vous, ni moi, nous ne pouvons nommer »
 
« Vos articles sont admirables d’intention, de justesse, de vivacité, de nerf mais il y a deux grandes fautes dans le dernier (…) La première c’est d’attaquer la chambre entière au lieu de concentrer vos attaques contre la majorité en faute et en déroute. C’est surtout dans vos dernières lignes d’avoir l’air de nous frotter les mains de l’abaissement de l’assemblée. Transformez l’assemblée ne l’avilissez pas ».
Lamartine rappelle le « grand acte » de la minorité, en votant avec eux et avec le gouvernement dans la loi du 4 novembre et dans « la proposition infernale des questeurs ». Cette minorité doit être la pierre d’attente d’une nouvelle majorité centrale en harmonie constitutionnelle avec le gouvernement. C’est là une « instruction formelle » pour la rédaction du journal. « Toute autre ligne vous conduit droit au Bonapartisme ».
 
La seconde faute de La Guéronnière est de grandir ses ennemis. Lamartine s’interroge sur cette « revue laudative » des chefs de faction ou d’intrigues acharnés « contre la République et contre nous » puis donne un exemple de versatilité politique de l’un d’entre eux, qu’il oppose à « l’honnête homme politique » dont la gloire consiste à être venu « offrir son dévouement diplomatique et militaire à la république entre mes mains le lendemain de son avènement. A s’être laissé attribuer l’honneur de la grande journée qui a sauvé la société au mois d’avril 1848 – journée qui dans son plan, dans son audace et dans son succès m’appartient à moi tout seul. A avoir depuis servi, puis abandonné, puis injurié la cause du président de la République qui avait mis sa foi en lui » (…)
 
« Quel utile usage à faire de nos consciences et de nos talents réunis. Méditez ces paroles (…) n’ayez en politique que la justice pour ceux que vous devez juger et du silence pour ceux que ni vous, ni moi, nous ne pouvons nommer. Est-ce à nous de citer de pareils noms comme ceux des hommes en empruntant vos paroles charmantes, comme tous les hommes qui comptent le plus par le talent, par l’importance, par l’influence, par l’autorité du caractère et par l’éclat des services ! »
Lamartine ajoute de sa main : « Toujours au plus mal. 32e jour sans avoir été retourné dans mon lit ».
 
Arthur de la Guéronnière était dans un premier temps opposé à Louis-Napoléon Bonaparte. Durant l’année 1851, il se rapproche de ce dernier et s’éloigne de Lamartine (son mentor politique et littéraire). En octobre 1851, le futur Napoléon III recours à la Guéronnière afin de contrecarrer l’influence de Louis Véron, propriétaire du Constitutionnel.
Malgré son opposition au coup d’État du 2 décembre, La Guéronnière se rallie au nouvel Empereur et finira sénateur.


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