Claude Monet lettre autographe

Monet (Alice-Hoschedé)

(1844-1911)
Épouse de Claude Monet

Six lettres autographes écrites à son premier mari Ernest Hoschedé au sujet de problèmes financiers et domestiques. Belle correspondance dans l’intimité de la femme de Claude Monet.

 

1/-Lettre autographe signée, (1881-1883), à Ernest Hoschedé, 4 pages in-8. 

 

« Jean Monet a la rougeole et j’ai bien peur malgré nos précautions que les autres enfants ne l’attrapent… »

 

« Mon cher ami,

Puissent tes nouvelles espérances réussir car vraiment j’ai plus d’ennuis que jamais. Je viens de recevoir d’Alexandre la lettre la plus malhonnête qu’il soit possible. 

Je lui demandais l’avance des 200 f. qui reste sur le 15 juin et il me répond qu’il ne peut écrire tous les jours la même chose qu’on ne peut l’obligé à faire des avances etc etc.

C’est bien la dernière fois que je m’adresse à lui et je n’ai qu’à bien me tenir pour le 1er juillet car ce malheureux billet va me causer je vois bien des ennuis.

Jean Monet a la rougeole et j’ai bien peur malgré nos précautions que les autres enfants ne l’attrapent. Jacques Surtout. Car il ne l’a pas eue. Enfin nous ne sortons pas des soucis et j’avoue que j’ai de Poissy par dessus la tête car il est certain que l’on y est mauvais.

Peux-tu m’envoyer de suite l’acte de naissance de Blanche, j’en ai besoin pour la faire inscrire pour ces examens et il faut cela dans le plus bref délai. Je te prie bien de me tenir au courant de tes affaires car j’ai vraiment grand besoin d’espérer une amélioration pour toi et pour nous. Si tu peux m’envoyer ne fut-ce que cent francs ce serait un soulagement. 

Tous les enfants t’embrassent et ne sont pas mal. Germaine seule a toujours mauvaise mine.

Je t’envoie mes pensées.

Alice ». 

 

 

2/-Lettre autographe signée, (1881-1883), à Ernest Hoschedé, 2 pages 1/2 in-8.

 

« Quant Monet sera de retour… »

 

« Mon cher ami,

Que puis-je te dire sinon que je suis navrée en voyant ta façon d’agir alors que je suis horriblement inquiète, que je t’offre de t’envoyer quand même l’argent nécessaire pour venir me trouver. Tu me laisses 8 jours sans nouvelles et tu te décides à m’écrire quelques lignes qui ne répondent à rien. Tu as sans doute reçu de l’argent de Henry et il m’en fait pas mention, enfin tu trouves toujours de nouvelles raisons pour éviter de venir.

Quant Monet sera de retour tu remettras alors indéfiniment. Enfin voici plus d’un mois que tu es à Vetheuil et je ne vois pas quelle position cela te donne. Les enfants ayant reçu un peu d’argenteur leurs étrennes se sont fait photographier (…)

Tous t’embrassent, je t’envoie mes pensées

Alice ». 

 

3/-Lettre autographe signée, (1882), Pourville, à Ernest Hoschedé, 4 pages in-8.

 

« Tu devrais te souvenir que j’ai encore à Vetheuil et à Jeanne de grosses dettes à payer… »

 

« Mon cher ami,

je suis de ton avis, et pense que je ne dois entreprendre le voyage à Paris que si je ne puis faire autrement ; mais tu dois cependant comprendre ma situation. te rappeler les promesses que tu m’as faites le jour de mon départ, m’assurant qu’à la fin de juin tu pourras m’envoyer 1.000 f. J’ai eu le bonheur depuis de toucher les 500 f. Renard car si tu consultes ta mémoire tu peux te souvenir que depuis le mois de février où tu m’as remis 100 f. tu ne m’as pas donné 1 sou. Je sais en effet que tu as beaucoup d’arriéré à payer ; mais tu devrais te souvenir que j’ai encore à Vetheuil et à Jeanne (Jeanne-Marguerite Lecadre ?) de grosses dettes à payer, et que je ne peux toucher à mes 688 f. de rente.

je répète hélas toujours la même chose ; mais je m’étonne que tu sembles surpris que je m’adresse à toi pour avoir de l’argent à qui donc dois-je m’adresser ? (…) Je regrette de voir que l’accord ne règne pas entre M. Palmer et le baron et que c’est toi qui en souffre. Je n’ai jamais eu hélas tes illusions à l’égard de cette affaire et crois qu’elle te donne bien du mal et peu de profit.

J’espère que ta santé est meilleure, car tu ne m’en parles pas. Les enfants sont biens et t’embrassent. (…) je t’envoie mes pensées.

Alice ».

 

4/-Lettre autographe signée, (Pourville), (1882), à Ernest Hoschedé, 3 pages in-8.

 

« Je puis te donner de mes nouvelles et te dire que mon Jacques est à Vetheuil… »

 

« Mon cher ami,

Malgré ton silence prolongé et la fameuse lettre toujours en route je puis te donner de mes nouvelles et te dire que mon Jacques est à Vetheuil. J’ai pu lui faire ce plaisir et le laisser quelques jours à M. Haussdorff. On doit me le ramener à Poissy ou nous comptons rentrer vers le 5. Si cependant M. Haussdorff ne reste pas jusqu’à cette époque car je crois que Fernand doit rentrer le 3. je te prierai de prendre Jacques pour deux jours ne pouvant le faire revenir à Pourville pour le ramener à peu de jours d’intervalle (…)

Tous les enfants sont biens et t’embrassent. Je t’envoie mes pensées.

Alice ». 

 

5/-Lettre autographe signée, sans lieu ni date, à Ernest Hoschedé, 3 pages in-8.

 

« J’ai reçu tout à l’heure une dépêche de M. Monet qui ne peut être de retour qu’après-demain… »

 

« Mon cher ami,

J’espérais avoir quelques lignes de toi ce matin me disant si tu comptais venir demain ainsi que tu l’as promis aux enfants. J’ai reçu tout à l’heure une dépêche de M. Monet qui ne peut être de retour qu’après-demain. J’espère donc que rien ne t’empêchera de venir. J’ai dû envoyer un mot ce matin à (?) car je n’ai eu que juste de quoi payer mes notes et suis absolument sans un sou.

Ecris moi je te prie et ne me laisse pas sans nouvelles. Jacques est au lit avec une grande migraine mais j’espère  que ce ne sera pas long car il demande à manger c’est bon signe. Tous t’embrassent et comptent sur toi. Demain je t’envoie aussi mes pensées.

Alice ».

 

6/-Lettre autographe signée, (Poissy), circa 1883, à Ernest Hoschedé, 3 pages in-8°.

 

« M.Monet étant toujours au Havre, je ne sais comment faire pour subvenir aux dépenses quotidiennes… »

 

« Mon cher ami,

Je ne puis te dire la tristesse que me causent tes lettres. Chaque jour je t’attendais et hier j’étais prête à t’envoyer une dépêche tellement ton silence prolongé me tourmentait.

Est-il possible que tu restes dans une semblable situation et quelle triste idée tu as eu de te réfugier à Vétheuil. Je suis aussi mal partagée que toi sous le rapport de l’argent. Je n’ai jamais été dans pareille dénuement ! 

M.Monet étant toujours au Havre, je ne sais comment faire pour subvenir aux dépenses quotidiennes. Cécile m’a enfin envoyé le montant pour la pension des filles mais avec un long sermon sur la note qu’elle trouve trop élevée et (...) pas un sou pour Jacques. Enfin il faut en prendre son parti mais comment arriver avec si peu. Que comptes-tu donc faire ? Et ne vaudrait-il pas mieux cent fois avoir une place quelconque que de toujours espérer l’impossible. Heureusement au milieu de tous mes grands tourments, les enfants sont bien et Germaine se remet ? Tous t’embrassent et te demandent sans cesse. Je t’envoie nos pensées. Alice ».

 

Alice Hoschedé Monet (Paris, 19 février 1844 - Giverny, 19 mai 1911), née Alice Raingo, devient le 16 avril 1861 la femme d'Ernest Hoschedé, collectionneur et ami de Claude Monet. À la suite de la mort d'Ernest Hoschedé, elle épouse en secondes noces Claude Monet, après avoir été sa maîtresse avant même la mort de sa première épouse, Camille Doncieux, qu'elle soigne à la fin de sa vie. On connaît d'elle des portraits par Carolus Duran et Claude Monet. Plusieurs des enfants qu'elle a avec Ernest Hoschedé apparaissent dans des toiles de Monet ou Édouard Manet.
Elle a six enfants d'Ernest Hoschedé, deux fils et quatre filles (Jacques, Jean-Pierre, Blanche, Germaine, Marthe et Suzanne).
La liaison entre Claude Monet et Alice Hoschedé commence sans doute dès 1875, ou selon d'autres sources, lors de l'été 1876. Après la mort de Camille Doncieux en 1879 (qu'Alice soigne pendant sa maladie, après la naissance de son second fils), Monet et Alice (avec l'ensemble de leurs huit enfants), continuent à vivre ensemble à Poissy tout d'abord (où ils vont habiter à partir de 1881), puis à Giverny, à partir de 1883.
Ernest Hoschedé meurt en 1891, et Alice épouse Monet le 16 juillet 1892.


3.200 €