waterloo autographe

Waterloo (1815)

CASSAGNE Pierre, Baron (1762-1833)
Général français

Lettre autographe signée, Paris, 17 août 1815, au maréchal Laurent de Gouvion-Saint-Cyr, 3 pages in-folio.
 
Très intéressant rapport de Cassagne concernant sa conduite lors du siège de Philippeville après la bataille de Waterloo et donnant le récit complet des évènements.
 
« Monseigneur,
D’après l’ordre de son excellence le Mtre. de la Guerre en date du 11 juin dernier, je du prendre le commandement supérieur de Philippeville ou j’arrivai le 18 du même mois (…) La bataille du 18 (Waterloo) à ramené dans la place environ quatre mille blessés, tout ce qui a du être évacué (…) l’a été il n’est resté qu’environ cent trente officier et soldats dont les blessures était trop grave pour pouvoir supporter le transport. La grande majorité sont rétablis et rentrés dans l’intérieur.
Les troupes prussiennes se sont présentées devant la place le 21 juin. Le blocus a été formé le 22. Le même jour je reçu une sommation du Gal John commandant l’avant garde. Je lui répondis par un refus et prie les mesures nécessaires à la défense, ne voulant faire la remise de la place que d’après les ordres du Roi.
Le 30 juin, je reçus une nouvelle sommation, toujours de remettre la Place aux troupes de sa majesté Prussienne, sans parler de sa majesté Louis XVIII, je fis la même réponse qu’à la première.
 
Le 10 juillet son altesse le Prince auguste de Prusse en faisant resserrer le blocus de très près, me fit une nouvelle sommation, et m’envoya une copie de la Convention conclue le 3 pour une suspension d’armes entre les armées françaises et alliées, en m’établissant sur l’art. 16 de cette convention, je lui proposai une suspension d’armes jusqu’à la Conclusion de la Paix, son altesse n’a pas répondu à ma proposition, et m’a fait faire une nouvelle sommation, par monsieur le Comte de Langen Commandant la 8e division du 2e corps.
 
Le 18 monsieur le General Baron de ? m’envoya la Capitulation de Maubeuge, et me fit de nouvelles propositions. L’on m’a repoussé. Je demandais des passeports pour envoyer un officier à Paris y recevoir les ordres du Roi, il a été répondu verbalement par son altesse le prince Auguste de Prusse que cela ne se pouvait pas, et à continué ses opérations de siège sur la Place.
La tranchée a été ouverte le trois août (…) La nuit suivante, 80 bouches à feu dont 60 mortiers ou obusiers ont tiré sur la place jusqu’à trois heures de l’après-midi, que son altesse m’a fait une nouvelle sommation pendant que le parlementaire était dans la place le feu à recommencer de nouveau et a duré jusqu’à sept heures du soir, que j’ai envoyé un off. Pour lui dire que j’acceptais ses propositions. Et nous sommes convenus de la Capitulation ci jointe.
Il m’en a beaucoup couté monseigneur d’être forcé d’en venir à cette extrémité, mon intention bien positive était de garder cette place à sa majesté. Je m’en étais expliqué d’une manière non équivoque devant le conseil de défense, n’ayant rien reçu qui ait du diriger ma conduite d’une manière différente. J’ai cru bien faire, et désire vivement monseigneur qu’elle ne soit pas blâmée par vous et par sa majesté pour laquelle mon dévouement est sans bornes.
Bon Cassagne ».
 
Le général Cassagne fut chargé du commandement supérieur de Philippeville le 12 juin 1815. À peine arrivé à son poste, il eut à le défendre contre les attaques des armées coalisées. Investie le 22 juin la place de Philippeville n'avait pour sa défense qu'une force de 1 534 hommes. Les gardes nationales et les militaires en retraite n'avaient aucun vêtement militaire ni gibernes ; cette troupe était totalement dénuée de linge et chaussure, ce qui la décourageait et excitait la désertion. Les suites de la bataille du mont Saint-Jean avaient attaqué le moral de la garnison. Se soustraire au service en abandonnant la place, ou le faire mal, lorsque la surveillance arrêtait la désertion, tel était l'esprit qui l'animait alors, et c'est avec cette garnison, qui diminuait journellement, que le général Cassagne se maintint dans la place depuis le 22 juin jusqu’au 8 août. Le feu de l'ennemi avait allumé des incendies sur tous les points de la ville ; une caserne avait été entièrement brûlée, une seconde très-endommagée, et les magasins de fourrages et les grains perdus, lorsque le commandant rassembla le conseil de défense pour délibérer sur la conduite à tenir dans ces difficiles circonstances. Ce conseil émit l'opinion de la remise d'une place qu'on ne pouvait plus défendre, et qu'on devait craindre de voir prendre de vive force : en conséquence, cette remise fut faite le 8 août.
Le gouvernement de la Restauration auquel cette résistance prolongée était loin d'être favorable, crut cependant devoir soumettre à l'examen d'un conseil d'enquête, présidé par le lieutenant-général comte Maison, la conduite du général Cassagne et les circonstances qui avaient amené là reddition de la place de Philippeville, dont il était commandant supérieur. Ce conseil approuva à l'unanimité la conduite militaire du baron Cassagne, et celle des membres du conseil de défense, et les déclara sans reproches.
Cassagne fut admis à la retraite par décision royale du 4 septembre 1815. Il se retira dans ses foyers.
 
 
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