jean marie le clézio autographe

Le Clézio (Jean-Marie-Gustave)

(né en 1940)
Ecrivain français

Lettre autographe signée, 10 juin 1999, au libraire Jean Pierre Rudin, 1 page ½ in-4, enveloppe autographe jointe. Belle lettre de Le Clézio au sujet notamment de ses souffrances lors de sa scolarité.
 
« J’ai ressenti le lycée, surtout durant la période primaire-début du secondaire comme une prison, dont je rêvais de m’échapper ».
 
« Cher ami,
Je vous remercie de votre lettre, et de ce que vous me dites de “Hasard” qui me touche beaucoup. Ecrire, et surtout publier, est une aventure dans laquelle  on s’expose complètement, et qui vous rend accessible aux coups et sensible aux éloges, ceux-ci atténuant ceux-là.
C’est pour moi un précieux encouragement que de recevoir en écho votre appréciation sur ce que j’écris, et je puis vous dire –bien que je sois de moins en moins longtemps à Nice- combien le rayonnement de votre librairie m’est cher aujourd’hui, et combien, j’ai été heureux de vous revoir à Paris à l’occasion du prix Jean  Giono (Le Clézio avait obtenu le prix Jean Giono en 1997 pour son roman Poisson d’or).
 
Ce que vous me demandez à propos du lycée m’est impossible, et cela me désole car j’aurais aimé partager cela aussi avec vous. Moi aussi j’ai été élève de ce lycée de la 10eme à Hypokhâgne, mais je n’en ai pas gardé de bon souvenir. Des raisons familiales (principalement notre étrangeté, du fait de mes origines mauriciennes) m’ont empêché de m’adapter à ce milieu, d’y avoir des amis. J’ai ressenti le lycée, surtout durant la période primaire-début du secondaire comme une prison, dont je rêvais de m’échapper.
Etant d’une nature lente, ne connaissant rien au fonds niçois, et physiquement différent et inadapté, j’ai choisi de refuser tout ce qui venait de cet établissement, dont j’ai été définitivement renvoyé à la fin de mes études. Je le regrette car il me semble que j’ai manqué quelque chose, cette camaraderie et cet esprit de corps qui prépare à la vie sociale, et que R. Queneau avait trouvée au lycée du Havre. Etait-ce ma faute ? Etait-ce ce lycée ? Sans doute un peu des deux. Aujourd’hui, avec la mixité, et le cosmopolitisme, je crois que cela se serait mieux passé. J’espère que vous ne m’en voudrez pas de m’absenter de cette célébration, à laquelle je m’associerai de loin et en silence, en pensant à vous, et à deux ou trois de mes professeurs qui on compté pour moi, comme monsieur Larmat mon professeur de Grec et Monsieur Beck, professeur de Sciences Naturelles et bouddhiste.
Croyez toujours, cher ami, à toute ma proximité d’esprit
JM Le Clézio ».
 
Jean-Marie le Clézio avait étudié au Lycée Masséna puis au collège littéraire universitaire de Nice. Dans cette lettre, l’écrivain mentionne son roman Hasard qui était paru en mai 1999.
 
 
 
900 €