léon Trotski autographe

Trotski (Léon)

(1879-1940)
Théoricien révolutionnaire et homme politique russe

Lettre signée « Votre L.Trotsky », Prinkipo (Istamboul), 12 octobre 1929, à son avocat Gérard Rosenthal, 1 page in-4, dactylographiée en français. Enveloppe avec timbres et cachet de cire rouge.

 

« Le profit n’est pas crée dans la production, mais dans le commerce. Même si la société n’était composée que de capitalistes et d’ouvriers, sans commerce extérieur, le profit existerait… »

 

« Cher camarade Gérard,

J’ai reçu hier votre lettre du 5/XI avec les statistiques électorales. Je vous remercie très chaleureusement. Maintenant je suis armé. 

Je vous ai envoyé hier une lettre officielle qui nécessite des commentaires. Je ne crois pas que Rieder entrera dans mes vues et consentira à accepter mes conditions pour le rajustement du traité : ses profits, surtout des droits européens, doivent être bien importants, en tout cas bien supérieurs aux honoraires d’auteur que je suis prêt à lui sacrifier. (…)

La dernier numéro de la Lutte des classes est très intéressant. Le leader, la déclaration sur le conflit sino-russe sont des articles bons et solides. La polémique contre Louzon est excellente. Dans l’article sur le mouvement anglais il y a un malentendu théorique. L’auteur dit : « les capitalistes qui vendent aux salariés leurs produits regagnent de la main gauche ce qu’ils ont offert de la main droite. Dans ces conditions le profit est impossible et le capital pour apaiser… » Il découle de cela que le profit n’est pas crée dans la production, mais dans le commerce. Même si la société n’était composée que de capitalistes et d’ouvriers, sans commerce extérieur, le profit existerait. 

La réponse à l’enquête est beaucoup moins satisfaisante. On cherche trop de possibilités de trouver des points d’accord avec des confusionnistes absolus. 

Je ne pourrais signer non plus l’affirmation d’A.A. « que le mouvement des nouvelles minorités syndicales dans la C.G.T.U. procède d’une réaction spontanée très saine contre les erreurs du parti communiste… ». Cette réaction dans son ensemble n’est ni plus ni moins saine que la réaction brandlerienne, qui est dirigée d’ailleurs contre les mêmes erreurs. 

Les défauts de la Lutte des classes sont les mêmes que ceux de la Vérité : en dehors du mouvement ouvrier, sans même d’informations intérieures sur ce qui se passe dans le parti et dans la C.G.T.U.

C’est absolument nécessaire d’établir une division du travail régulière entre la Vérité et la Lutte, en assurant à cette dernière la parution régulière et un caractère théorique.

Avec mes salutations communistes,

L. Trotsky ». 

 

Opposant au régime soviétique et à Staline, Trotski est expulsé de l’URSS en 1929. Conduit à Constantinople en février, il adresse une lettre aux autorités turques, indiquant qu’il est venu contre son gré, et après quelques déménagements, il est placé en résidence surveillée sur l’île de Büyükada au large de Constantinople où il publie un bulletin mensuel d’opposition en langue russe dès juillet. En 1930, Trotski organisera une conférence qui débouchera sur la mise en place d’un secrétariat international provisoire de l’opposition communiste.

 

Dans cette lettre à son avocat Gérard Rosenthal, il commente soigneusement La Vérité et La Lutte des classes, deux  revues de divers partis trotskistes français dont le premier numéro sort le 15 août 1929. Il s’agit du premier journal trotskiste dans le monde. Trotski évoque également ses relations avec Rieder, éditeur français qui publia notamment en 1930 un ouvrage de Trotski, L’International communiste après Lénine (ou le grand organisateur des défaites) dans lequel Trotski explique comment et pourquoi le développement de la bureaucratie en URSS a provoqué l’échec du prolétariat dans toutes les parties du monde à partir de 1923. 



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