Liszt (Franz)

(1811-1886)
Compositeur hongrois

Lettre autographe signée, (Paris), jeudi matin (10 novembre 1836), au ténor Adolphe Nourrit, 3 pages in-8 au chiffre AN de Nourrit.

 

Soirée Musicale chez Chopin 

 

« Serez-vous libre ce soir ? tachez n’est-ce pas. Mme Sand, Meyerbeer, Lacroix (Eugène Delacroix) et cinq ou six personnes encore viendront faire la causette chez Chopin… »

 

« Mon cher Adolphe, 

Une malheureuse visite d’affaires m’a empêché de venir vous voir hier matin. Ainsi que je le comptais ; je n’ai pas besoin de vous dire combien j’en ai été triste et contrarié.

Serez-vous libre ce soir ? tachez n’est-ce pas. Mme Sand, Meyerbeer, Lacroix (Eugène Delacroix) et cinq ou six personnes encore viendront faire la causette chez Chopin, 38 rue du Mont Blanc. Soyez donc des nôtres. Ce ne sera ni une soirée, ni un concert ; mais bien quelques troies heures passées en commun : or vous savez que vous nous manqueriez beaucoup en ne venant pas.

À ce soir - vers 9 heures. Chopin doit venir tout à l’heure vous le demander personnellement ; si par malheur il ne vous rencontrait pas vous n’en êtes pas moins engagé, invité, et prié car c’est moi qui remplis les fonctions de son maître de cérémonies.

Au revoir donc.

Tout à vous de coeur et d’amitié fraternelle.

F. Liszt ». 

 

Chopin était arrivé à Paris en 1831 et très tôt se lie d’amitié avec Franz Liszt, Eugène Delacroix et George Sand entre autres.  Déjà parisien depuis la fin des années 1820, Franz Liszt devient l’un des plus fervents admirateur de Chopin. En 1836, Chopin s’installe au 38 rue de la Chaussée d’Antin (rue du Mont-Blanc). Donnant peu de concerts publics, Chopin anime néanmoins de nombreuses soirées dans l’intimité de son appartement. Il préfère jouer pour ses amis. Parmi les invités et musiciens de ces concerts privés, se trouvent Sainte-Beuve, Mickiewicz, Marie Poznanska, Delacroix, Berlioz, ainsi que nombre d'exilés polonais. Des témoignages sur ces concerts privés, joués à la faible lueur de bougies dans le coin sombre du petit salon, sont parvenus jusqu'à nous : « Ses regards s’animaient d'un éclat fébrile, ses lèvres s'empourpraient d'un rouge sanglant, son souffle devenait plus court. Il sentait, nous sentions que quelque chose de sa vie s'écoulait avec les sons ». (Guy de Pourtalès, Chopin ou le poète). 


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