napoléon autographe

(Napoléon Ier) / Duc d'Enghien (1804)

BIGNON Édouard (1771-1841)

Diplomate, homme politique et ministre

Lettre autographe (minute), Cassel, 8 germinal an XII (29 mars 1804), à Charles-Maurice Talleyrand, ministre des Relations extérieures, 7 pages et demie in-folio (la fin étant dictée à un secrétaire), liées d’un ruban vert.
 
Très intéressante lettre au sujet des réactions à l’enlèvement et l’exécution du Duc d’Enghien (21 mars) et sur la Cour de Hesse.
 
« J’ai reçu la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire (…) par laquelle v. Ex. (votre excellence) me charge de réclamer de la Cour de Hesse l’adoption de mesures répressives contre les libelles qui paraissent en Allemagne et en particulier contre celui ayant pour titre Napoléon Bonaparte und das Französische Volk under seinem Consulat (…) Le motif qui m’a fait insister sur ce point est le peu de confiance que mérite de notre part le Chef de la Police de Cassel dont les dispositions antifrançaises m’ont mis déjà plus d’une fois dans le cas de présenter contre lui des plaintes (…) J’avais envoyé cette note à Mr. Le Bon de Waitz (le baron de Waitz était le ministre des Affaires étrangères et de la Guerre du Landgrave de Hesse-Cassel) et l’après-midi ce Me vient m’annoncer que S.A. El. (Electeur de Bade) saisissait avec empressement cette occasion de prouver les sentiments dont elle est animée en prenant les voies les plus efficaces pour satisfaire aux dessins du Gouvernement français. Il ajouta que non seulement la police userait de toute sa surveillance, mais que toutes les librairies allaient recevoir les injonctions convenables, de manière à prévenir et la circulation du libelle dans les États et même le transit sur son territoire (…)
J’ai fait sentir dans la même note la liaison criminelle qui existe entre la publication des écrits dénoncés et les complots formés contre les jours du 1er Consul.
 
Dans ce qui se dit vulgairement sur l’expédition d’Ettenheim (l’enlèvement du Duc d’Enghien) je ne remarque point qu’on attache une grande importance au fait de l’entrée de nos troupes sur le territoire Germanique. Cependant on ne laisse pas que de relever quelques mots de la proclamation de l’Electeur de Bade d’après lesquels on cherche à mettre en doute si le consentement de ce Prince était en effet antérieur à l’expédition. On ne conçoit pas l’esprit d’aveuglement qui a retenu dans un tel voisinage de notre frontière et sur des points où la main vengeresse de la Justice française pouvait si facilement les atteindre des hommes qui avaient provoqué toute sa rigueur et toute son inflexibilité (…) Ce ministre dans les visites qu’il m’a fait m’a parlé et de l’arrestation et du jugement du Duc d’Enghien avec une réserve éclairée, paraissant juger la sévérité malheureusement nécessaire à laquelle se voit condamné le Gouvernement français comme un de ces devoirs rigoureux que l’intérêt de l’Etat commande impérieusement mais que l’âme généreuse du 1er Consul ne peut remplir qu’à regret… »
 
Le duc d’Enghien, Louis-Antoine de Bourbon-Condé (1772-1804), avait été soupçonné par Napoléon d’être à l’origine d’un complot royaliste en compagnie du général Dumouriez. Dans la nuit du 15 au 16 mars 1804, le 1er Consul le fait enlever par une troupe de soldats menés par le général Ordener. L’enlèvement se déroule à Ettenheim, dans le margraviat de Bade ; ville dans laquelle le duc d’Enghien s’était réfugié pendant la Révolution. Convaincu de sa culpabilité, Napoléon traduit le duc d’Enghien devant un conseil de guerre qui le condamne à mort. Le duc d’Enghien est fusillé le 21 mars dans les fossés du château de Vincennes. Cette exécution provoque dans les cours européennes de nombreuses réactions hostiles  à Napoléon. Sous la restauration, Louis XVIII fait du duc d’Enghien un des martyrs de la royauté. 
 
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(scans du document entier sur demande)