Victor Hugo lettre autographe manuscrit

Hugo (Victor)

(1802-1885)
Écrivain, dramaturge, poète et homme politique français

Lettre autographe signée, Marine Terrace (Jersey), 19 février 1854, au révérend Pearce à Guernesey, 2 pages in-8 (petites déchirures avec perte de quelques lettres). Très belle lettre de Victor Hugo contre la peine de mort après l’affaire Tapner. 
 
« En présence du texte descendu du Sinaï : Tu ne tueras point (…) Dieu  s’étant réservé la naissance, se réserve aussi la mort, tout gibet blasphème… »
 
« Marine Terrace, 19 février 1854
Je m’empresse, Monsieur, de vous remercier et de vous féliciter pour tous les nobles sentiments  qu’exprime votre lettre. J’écris immédiatement pour que l’erreur soit rectifiée dans l’édition spéciale des deux lettres et de mes autres paroles de l’exil qui se fait en ce moment. Je comprends dans la rectification deux autres honorables ministres qui, comme vous, monsieur, ont signé les pétitions : M. Cockburn, et M. Carey (ce dernier nom étant illisible dans la réclamation qui m’a été adressée. Si je me trompe sur l’orthographe de ce nom, je vous serais obligé de me l’envoyer exactement écrit, au cas où le signataire aurait l’honneur d’être connu de vous. 
Je suis heureux, Monsieur, et fier d’avoir été pour quelque chose dans votre généreuse et chrétienne pensée de combattre la peine de mort. Faites cet écrit et ayez courage. Ceux qui sont avec l’humanité, (Dieu) est avec eux. Je ne comprends pas les objections bibliques contre ce grand progrès, en présence du texte descendu du Sinaï : Tu ne tueras point. Pas d’exception. Ceci dit, et de si haut, tout est dit, dans le texte il y a la fin de la guerre comme la fin de l’échafaud. 
Dieu  s’étant réservé la naissance, se réserve aussi la mort, tout gibet blasphème. 
Voilà, Monsieur, du moins pour moi, et avec une irrésistible évidence, le point de vue religieux, qui, dans cette grande question humaine et divine, s’identifie avec le point de vue démocratique.
Permettez-moi de renouveler ici le serrement de main que vous me rappelez et de vous offrir ma vive cordialité.
Victor Hugo ». 
 
Cette lettre a été écrite par Victor Hugo après la publication de deux lettres de protestation contre l’exécution à Guernesey de l’assassin John-Charles Tapner (Actes et Paroles II - Pendant l’exil). Ce dernier, en février 1853, avait assassiné et volé une habitante de Guernesey et mis le feu à sa maison pour effacer son crime. Victor Hugo écrivit une première lettre aux habitants de Guernesey
Cette lettre avait provoqué des meetings et une adresse à la reine Victoria avait été signée par de nombreuses personnalités. Les journaux anglais avaient reproduit, en l’appuyant, la demande de Victor Hugo pour la grâce de Tapner. On pensait que l’exécution n’aurait pas lieu. Mais Tapner fut exécuté le 10 février (par pendaison). Le 14 février, Victor Hugo adressa sa seconde lettre à lord Palmerston dans laquelle il pourfend la peine de mort et l’horreur de l’exécution. L’affaire Tapner inspira à Hugo quatre dessins dont un figurant un pendu qui compte parmi les plus saisissantes de son œuvre graphique.  

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