juliette Drouet autographe

Drouet (Juliette)

(1806-1883)
Actrice française. Maitresse de Victor Hugo.

Lettre autographe signée « Juliette », 28 avril (1847), à Victor Hugo, 4 pages in-8.

 

Longue lettre de Juliette Drouot qui se sent délaissée par son amant et évoquant la rivalité amoureuse de Victor Hugo et de son fils Charles pour l’actrice Alice Ozy.

 

« Je devrais m’effacer complètement devant toi, je le sais, et j’y fais tous mes efforts. Seulement je n’y parviens pas… »

 

« Je ne demande pas mieux que de t’attendre chez moi, mon doux bien aimé, et même je le préférerais de beaucoup à sortir mais ce qui est agaçant c’est l’incertitude. Tu ne peux pas savoir à quel point le peut-être ? à de certains moments à quelque chose d’irritant.

Aujourd’hui surtout que j’ai une sorte de malaise moral qui me rend la vie sédentaire seule odieusement insupportable. 

 

Je te demande pardon, mon Victor, de t’occuper de moi toujours. Je devrais m’effacer complètement devant toi, je le sais, et j’y fais tous mes efforts. Seulement je n’y parviens pas autant qu’il faudrait et que je le voudrais. Encore si tu m’avais dit ce qu’il y avait dans la lettre de Mr. Lucas je pourrais peut-être m’en faire un sujet de courage et de résignation. Mais tu es d’une discrétion alarmante et qui n’annonce rien de bien rassurant pour moi.

 

Enfin, il en sera ce qu’il plaira à Dieu et à toi. Tu sais que j’ai un grand couteau à ton service, quand tu voudras je t’en ferai part.

Tu dis donc que tu sors aujourd’hui pour l’affaire de Charles. C’est d’un bon père. Quand à l’affaire Chaumontel tu la négliges à cause de lui., cela se comprend du reste. Cependant tu ferais bien de ne pas l’oublier tout à fait. On ne sait pas tout ce que peut contenir de cornu et de cornette cette affaire Chaumontel. Je te la recommande en tout bien tout honneur et je te prie de passer à la mairie le plus tôt possible.

Juliette ». 

 

« L’affaire Chaumontel » était une expression par laquelle l’on sous-entendait le prétexte éternel pris par les maris pour justifier leur absence du domicile conjugal. Cette expression est notamment évoquée dans les Petites Misères de la vie conjugale de Balzac. 

« L’affaire de Charles » est en rapport avec la liaison qu’entretenait Charles Hugo, fils de Victor Hugo, avec la comédienne Julie-Justine Pilloy dite Alice Ozy (ancienne maitresse du Duc d’Aumale qu’elle avait quitté pour un banquier et égérie de Théophile Gautier). Cette comédienne étant aussi convoitée par Victor Hugo (il lui écrivit le 14 août 1847 : « Madame, montrez-moi vénus entrant au lit… »), s’ensuivit une rivalité cachée entre le père et son fils éperdument amoureux. 



Vendu