voltaire autographe

Voltaire

(1694-1778)
Écrivain et philosophe français

Lettre signée « Voltaire », Aux Délices près de Genève, 4 juin 1759, à Antoine le Bault, conseiller au Parlement de Bourgogne à Dijon, 2 pages in-4, adresse, cachet de cire rouge aux armes (brisé).& La lettre est rédigée par son secrétaire Jean-Louis Wagnière. Lettre présente à la Correspondance (Pléiade, t. V, p. 511).

 

Belle lettre de Voltaire au sujet d’un procès dans laquelle il demande à son destinataire de l’aider à défendre un fermier qu’il estime opprimé.

 

« Je crois remplir mon devoir en demandant instamment Votre protection pour ceux qu’on opprime… »

 

« Pardonnez à mon importunité ; il ne s’agit que d’une vache, c’est le procez de Mr Chicaneau, mais vous verrez par la lettre cy jointe d’un procureur de Gex qu’une vache dans ce pays cy suffit pour ruiner un homme ; c’est en partie ce qui contribue à dépeupler le pays de Gex déjà assez malheureux ; les procureurs succent icy les habitans, et les envoient ensuitte écorcher aux procureurs de Dijon.

Un nommé Chouet cy devant fermier de la terre de Tournay veut absolument ruiner un pauvre homme nommé Sonnet, et ledit Chouet étant fils d’un Sindic de Genêve croit être en droit de ruiner les Français ; Il a surpris la vache de Sonnet mangeant un peu d’herbe dans un champ de friche, lequel champ je certifie n’avoir été labouré ni semé depuis plusieurs années. Un grand procez s’en est ensuivi à Gex, l’affaire a été ensuitte portée au parlement, il y a déjà plus de frais que la vache ne vaut.

Je suis si touché d’une telle véxation que je ne peux m’empêcher d’implorer vos bontés pour un français qu’on ruine bien mal à propos. Voudriez-vous, monsieur, avoir la charité d’envoyer chercher le procureur L’archer. Ce pauvre homme a trois témoins qui peuvent déposer que la vache saisie n’avait commis aucun dégât ; on n’a point voulu les écouter, et tout se borne à demander beaucoup d’argent ; je crois remplir mon devoir en demandant instamment Votre protection pour ceux qu’on opprime.

J’ai l’honneur d’être avec les Sentiments les plus respectueux, Monsieur

Votre très humble et très obéissant serviteur.

Voltaire ». 

 

Voltaire venait d’acquérir un an plus tôt le château de Ferney afin d’assurer son indépendance et d’échapper aux tracasseries des pasteurs de Genève. Il s’y était installé en octobre 1758. Ferney est la période la plus active de la vie de Voltaire. Il va y résider vingt ans jusqu’à son retour à Paris. C’est à Ferney qu’il va acquérir une nouvelle stature, celle d’un champion de la justice et de l’humanité et livrer ses grandes batailles. Cette lettre est écrite deux ans avant l’affaire Callas et quatre ans avant la rédaction de son Traité sur la tolérance.

 

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