Mauriac autographe

(Mauriac François)

(1885-1970)
Écrivain français. Académicien et prix Nobel de littérature. 

Deux lettres tapuscrites de Roger Martin du Gard (copies calque) à François Mauriac.

 

Violent échange entre Martin du Gard et François Mauriac au sujet de la prédominance de la maison Gallimard sur la vie littéraire française

 

1/-Nice, 18 février 1953, à François Mauriac, 2 pages in-4 :

 

« Comme vous êtes à plaindre Mauriac, et comme vous devez souffrir, certains soirs, de si mal savoir résister à vos mauvais instincts… »

 

« Cher François Mauriac,

(…) Il m’est trop pénible de prolonger plus longtemps la fausse position où je me sens être vis-à-vis de vous, depuis que j’ai pris connaissance, dans la Table ronde, des notes hargneuses où vous cherchez chamaille à notre renaissante N.R.F. avec une malveillance si féroce et si délibérée que j’ai beau chercher à vous comprendre, je ne peux vous trouver aucune excuse. Je suis douloureusement irrité contre vous. Je n’ai pu lire ces pages vénéneuses sans que soient intimement meurtris les sentiments d’estime et d’amitié que je vous ai maintes fois, et sincèrement, exprimés. Et j’ai hâte que vous le sachiez, afin que tout soit net entre nous.

 

Si je m’interroge ainsi, ce n’est pas spécialement parce que votre fiel éclabousse aujourd’hui un groupe d’amis où je compte des affections très anciennes et très éprouvées (…) C’est à vous que j’en ai ; c’est devant votre attitude, devant cette attaque préméditée que je me cabre. Ce qui me blesse, - et ce qui me fait honte pour vous, - c’est le ton de cette provocation ; c’est le méchant sourire rusé qui accompagne chacune de vos insinuations, chacun de vos sous-entendus ; ce sont les menaces implicites, soigneusement disposées dans ce texte comme autant de mines à retardement.

 

Chez un homme sensible et probe, que l’on sait authentiquement soucieux de perfectionnement moral, chez un artiste de votre trempe, de votre autorité, de votre âge, que l’expérience et les succès devraient incliner chaque jour davantage vers la mesure, vers la générosité, vers un exclusif désir de concorde et d’apaisement, -quelle chose exécrable que ce goût invétéré de la dispute, ces impatiences de roquet batailleur, cette agressivité rancunière, cette incurable manie de vouloir redresser les torts d’autrui (…) Comme vous êtes à plaindre Mauriac, et comme vous devez souffrir, certains soirs, de si mal savoir résister à vos mauvais instincts.

 

Je pense à vous avec infiniment plus de tristesse que d’amertume. je conservais un souvenir si savoureux, si frais de notre récente rencontre, à l’occasion de votre prix Nobel.

 

Roger Martin du Gard ».

 

 

2/-Réponse de François Mauriac à Roger Martin du Gard, 19 février 1953, 2 pages in-4, Copie tapuscrite de Roger Martin du Gard.

 

« Julliard a pu m’assurer : « Quand j’ai le Goncourt, c’est que Gallimard veut bien… »

 

« Cher Martin du Gard,

 

Je ne vous en veux nullement de votre lettre, puisqu’elle est dictée par l’amitié qui vous lie à Gallimard. Mais vous ne m’en voudrez pas de n’être pas d’accord.

Libre à vous de considérer comme une querelle de boutique la dénonciation d’un trust qui menace de plus en plus directement la vie littéraire en France.

 

Libre à vous de considérer comme tout naturel de la part de Gallimard le silence sur la période Drieu, et sur Drieu lui-même, et de ne pas sentir la lâcheté de cette attitude.

 

Libre à vous de ne pas bondir lorsqu’au nom de la pureté et de l’intégrité, Arland dénonce les prix littéraires, alors que vous pouvez lire dans le dernier numéro de la N.R.F. le calendrier des prix chez Gallimard : 8 prix en trois mois, - et que Julliard a pu m’assurer : « Quand j’ai le Goncourt, c’est que Gallimard veut bien » ; et que des centaines de garçons fabriquent leur manuscrit chaque année pour Gallimard.

(…)

Dans le cas N.R.F. je fais sur un certain point mon auto-critique dans la prochaine Table ronde. Vous verrez pourquoi, à montais, les écrivains catholiques sont volontiers mordants et agressifs.

Mais pour l’essentiel, je compte bien finir ma vie en pleine bataille extérieures, et en profonde paix intérieure. Vous avez un autre tempérament, un autre rythme de vie que je ne juge ni ne condamne (…) Aimez-moi un peu, comprenez-moi. Je suis vôtre.

F. Mauriac ». 

 

Joint : une carte postale autographe signée de Maurice Martin du Gard, (La Réunion), 13 septembre, à un « très cher Maître et ami », 1 page in-12 : « Me voici sur la route du retour : encore un mois de navigation ! Après avoir passé plus de 5 semaines à Madagascar que j’ai visité dans tous les sens, j’ai été à la Réunion, puis à Maurice. Dans l’île Bourbon j’ai découvert Garros. Voici la statue d’un être qui vous fut si cher… »



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