bonaparte autographe

Campagne d'Italie (1796)

 
Jean-François Reubell (1747-1807). Lazare Carnot (1753-1823). Membres du Directoire.

Directoire Exécutif, Lettre signée par Jean-François Reubell (Président) et Lazare Carnot (Secrétaire général), Paris, 2 pluviôse an IV (22 janvier 1796), au général Schérer, commandant en chef de l’Armée d’Italie, 4 pages in-folio, en-tête Directoire Exécutif, vignette gravée par Dugourc et Duplat.

Document historique. Ordre de poursuivre les conquêtes en Italie quelques semaines avant la nomination définitive de Bonaparte à la tête de l’Armée

Ordres stratégiques dictés par Bonaparte au Directoire
 
« La ferme intention du Directoire est que l’armée d’Italie ouvre la campagne immédiatement après que vous aurés reçu la présente et que vous la conduisiés à la Victoire… »
 
« Le Directoire Exécutif,
Au Général Schérer commandant en Chef l’armée d’Italie.
 
Le Directoire a reçu, Citoyen général votre lettre du seize nivôse en réponse à celle qu’il vous avait écrite le Sept du même mois. Déjà, par sa dernière dépêche il a suspendu jusqu’à nouvel ordre toute entreprise contre Savone. Il vous transmet aujourd’hui ses vues et ses ordres sur les opérations militaires que l’armée d’Italie peut exécuter dès à présent et sur la conduite que vous devés tenir relativement aux Gouvernements sarde et Génois.
La confiance que le Directoire a en vous lui fait un devoir de vous communiquer tout ce qu’il pense sur la position des troupes républicaines que vous commandés.
Il ne vous dissimulera pas que c’est avec étonnement et avec peine qu’il a vu l’armée d’Italie arrêtée au milieu de ses succès et qu’il a regardé comme un événement désastreux que vous n’ayés pas profité de la Victoire, et que vous ayés renonçé si facilement aux avantages immenses que de nouvelles tentatives contre les ennemis et principalement contre Ceva ne pouvaient manquer de nous procurer.
 
Cependant les lettres que vous aviés écrites avant la victoire, celles que le Directoire vous avait adressées à cette époque devaient faire croire que vous essayeriez au moins un coup de main sur Ceva, et toutes les espérances à cet égard ont été déçues.
Il est des moyens peut-être de réparer ce malheur, la saison actuelle la seule favorable pour nous, nous met à même de le faire, et la ferme intention du Directoire est que l’armée d’Italie ouvre la campagne immédiatement après que vous aurés reçu la présente et que vous la conduisiés à la Victoire. L’ouverture de la campagne d’aussi bonne heure et en quelque sorte contraire à l’usage consacré par l’exemple des anciennes guerres en Italie. Mais c’est en faisant ce que n’avait jamais fait que nous sommes parvenus à en imposer à l’Europe entière ; vous-même, général, en prolongement de la dernière campagne vous avés vaincu en ouvrant celle-ci avant l’époque ordinaire vous ne pouvés manquer de vaincre.
 
Quels ne seraient pas les maux auxquels vous l’exposerait s’il fallait que l’armée d’Italie attendit pour agir les secours efficaces sans doute mais tardifs que le Directoire Exécutif et le Ministre de la Guerre s’empressent de lui faire parvenir ?
L’affaiblissement de l’armée s’en suivrait nécessairement. Elle perdrait plus d’hommes par les maladies et par la misère qu’elle n’en gagnerait par la rentrée des déserteurs et des citoyens de la Réquisition. Nous avons déjà laissé s’écouler un temps précieux ; l’ennemi en profite chaque jour pour se renforcer. Il consomme les vivres de la plaine sur lesquels nous devons compter pour la subsistance de nos troupes, il épuise les ressources que nous devrions saisir pendant que nous sommes réduits aux derniers expédients.
 
Hâtons-nous de sortir de cette position embarrassante par des entreprises audacieuses, sachons mettre à profit l’ardeur du soldat qui désire si fortement la Victoire, prévenons la désorganisation de nos troupes, prévenons l’arrivée des renforts que l’Autriche extrait de ses armées sur le Rhin, pour les opposer aux guerriers que vous commandés, tirons parti du souvenir de terreur que vos dernières victoires ont laissé chez l’ennemi et qui n’est pas encore entièrement effacé.
 
L’ennemi a pris ses quartiers et il compte sur notre inaction peut-être même sur notre dénument… Rassemblés rapidement et avec secret la plus grande partie de vos forces, tombés sur lui au camp retranché de Ceva, eblevés cette place, entrés sans délai dans les plaines du Piémont, rendés vous maître des ressources de tout genre qu’elles contiennent ; que le Roi sarde qui temporise pour accepter une alliance offensive et défensive avec nous dont les principaux avantages doivent être pour lui, soit puni par l’insurrection que vous favoriserez de ses villes lasses du joug et de la tyrannie. Menacez Cony par le col de Tende, rapprochez en quelques corps de troupes si les obstacles de la saison ne s’y opposent pas ; menacez surtout fortement Turin par la plaine ; jettes y une terreur salutaire qui peut faire décider le Roi de Sardaigne en notre faveur ; ne donnez point à l’ennemi le temps de se rallier ; que vos succès à Ceva ne soient que l’annonce d’une nouvelle victoire à Acqui ; attaquez l’ennemi sur ce point avec cette impétuosité française à laquelle rien ne résiste ; combattez le partout, qu’il sera ne lui accorder aucune relâche ; qu’une attaque soit suivie d’une autre ; ne vous arrêtez enfin que lorsqu’il sera entièrement dispersé.

 

Quand vous l’aurez vaincu à Acqui, il deviendra alors indispensable de se rendre maître de Gavi, soit que les Génois consentent de bonne grâce à nous en accorder la possession momentanée, soit qu’il devienne nécessaire d’employer l’appareil de la force pour les porter à nous (…) un corps de troupes  assez considérable que vous dirigerez vivement sur Saint-Pierre d’Arena près Gênes contribuera à nous faire respecter par le gouvernement génois et l’empêchera de faire des démarches dont nous aurions à nous plaindre : de l’autre l’espérance que la République française donnerait à celle de Gênes de lui assurer à la paix la Principauté d’oreille et la Pays de Lozano pourra déterminer cette dernière à se déclarer sinon ouvertement du moins secrètement en notre faveur et à vous fournir des vivres et de l’argent que nous prêteraient les particuliers de Gênes, en trouvant une certitude de remboursement dans la garantie dont leur gouvernement nous appuierait dans cette occasion. (…)

La prise de Tortone ouvrira pour ainsi dire l’entrée de Milan à l’armée d’Italie et sera le gage de victoire subséquente pendant cette campagne.



Telles sont, citoyen Général, les vues du Directoire. Il s’en repose pour leur exécutuon, sur vos talens et sur votre patriotisme ; il sait que vous ne deliberés point quand il s’agit d’agir, il connaît les difficultés qui vous environnent ; mais il compte sur vous et quelque difficile que soit ce qu’il vous commande, il se persuade que vôtre dévouement et votre zêle vous feront moins envisager les obstacles, que la Gloire qu’il y a à les surmonter. Le Directoire a mûrement réflechi sur le contenu de la dépêche qu’il vous adresse et sa détermination est le fruit de ses méditations sur cet objet (…)
Reubell. Carnot ».
 
La première partie de la lettre est un dernier avertissement du Directoire au général Schérer qui avait été vainqueur à la bataille de Loano (23 novembre 1795) mais qui n’avait pas poursuivi son avantage. Durant cette période (et surtout depuis la fin de l’année 1795), le Directoire est à proprement parlé harcelé par les plans que Bonaparte avait établis pour l’armée d’Italie ; plans qu’il avait communiqués à Pontécoulant en décembre 1795 et à Carnot qui alerta Schérer le 19 janvier.
La nomination de Bonaparte à la tête de l’armée d’Italie est actée officieusement le 25 février. Elle sera officielle le 2 mars 1796.
 
Dans la seconde partie de cette lettre, le Directoire transmets à Schérer toute une série d’instructions qui sont en fait les plans forgés par Bonaparte. Schérer, jugeant ces plans impossibles à réaliser, donnera sa démission fin février.
 
Vendu