jacques mesrine autographe

Mesrine (Jacques)

(1936-1979)
L’Ennemi public numéro 1

Lettre autographe signée, Prison de la Santé (Paris), 28 avril 1978, à Joyceline Deraiche, 4 pages grand in-4 avec dessin représentant deux fleurs.

 

Belle lettre de Jacques Mesrine une semaine avant sa retentissante évasion de la prison de la Santé (8 mai 1978) en compagnie de François Besse.

 

« Peut-être que je m’évaderai jamais… faute de possibilité… mais, je te le redis, mon aimée, c’est normal de penser à l’évasion quand on doit normalement finir sa vie en cage… »

 

« Petite Canac de mon coeur,

 

Bonsoir mon ange. Aujourd’hui j’ai reçu une lettre de ta mère qui était heureuse d’avoir reçu de mes nouvelles, car elle se faisait beaucoup de soucis pour toi… et je l’ai tranquillisée. j’ai vu maître Giletti qui m’a dit que tu n’avais pas encore reçu mon courrier. Nous avons l’autorisation de nous écrire et c’est ta censure qui a commis une faute en envoyant les lettres au juge Madre (qui n’a absolument plus rien à faire dans nos dossiers) et ce simple fait est illégal… C’est un détournement de courrier.

(…)

J’espère que le destin va enfin nous donner un peu de soleil. Je commence à en avoir ras le bol de toute cette merde. J’espère ta sortie le 10 mai, car j’ai lu l’acte d’accusation.. c’est une plaisanterie… car cela ne tient absolument pas ! N’oublie pas que si tu sors… tu pourras demander de l’argent à maître Malinbaum pour t’aider à élever Sabrina (sa fille) et pour toi. je lui en ai fait donner pour qu’elle te le remette… car on m’a laissé débloquer de mon compte livret de caisse d’épargne prison. (…) Tu dois avoir les nerfs à vifs avec cette nouvelle épreuve… mas il faut garder courage et surtout confiance en moi. Nous nous marierons mon ange… cela tu peux le croire. Rien ne m’en empêchera. J’ai le coeur trop plein d’amour pour toi ma douce poupée… Je sais à quoi tu penses… Il ne faut pas ok amour.

 

Ta mère m’a dit que Fauchon s’était conduit comme « un sale ». Le jour où tu retourneras au Québec tu pourras faire une conférence de presse avec Daoust et envoyer chier ce policier de m…. Car il se vante de vouloir ta peau ! … Si j’étais libre il aurait un sacré soucis à se faire pour sa gueule de minet. C’est réellement un salaud.

(…)

Ma fille est une petite tête. Elle t’adore et crois moi, sa « jojo » il ne faut pas y toucher. À ta sortie tu pourras aller vivre à Clichy avec elle. Car cette fois j’ai mis les choses à leur place avec ma mère, OK et de façon très ferme.

Maître Giletti m’a présenté les papiers pour notre mariage… C’est à moi de les remplir et de les remettre ici à la prison. pas de soucis « Madame Mesrine »… Notre amour vivra… Comme il vit déjà dans nos coeurs depuis 5 ans.

 

Je sais ma douce chérie, nos épreuves sont terribles… Elles font très mal ! mais il faut lutter comme nous l’avons toujours fait. Tu peux me faire confiance de façon complète. Je t’aime… Et pour cet amour… je ne ferai aucune folie pouvant détruire ton rêve et le mien. Mais ne me demande pas l’impossible… Car je ne peux pas accepter ma détention… la réalité me l’interdit… C’est un veux bonhomme que tu retrouverais si j’acceptais de faire ma sentence. Mes idées restent les mêmes et ça mon ange, tu dois le comprendre. Tu vois, même mon directeur comprend qu’un gars comme moi pense à l’évasion… lui ! son travail est de m’en empêcher… pas de m’enlever cet espoir… car à la finale… il aide à vivre.

 

Peut-être que je m’évaderai jamais… faute de possibilité… mais, je te le redis, mon aimée, c’est normal de penser à l’évasion quand on doit normalement finir sa vie en cage… Comme tu l’as dit un jour à un journaliste de CKUL… « C’est le contraire qui ne serait pas normal. Mais actuellement… je suis un petit gars bien sage… vrai de vrai… il faut dire que je n’ai pas le choix.

Quand, ton visage sera t-il en face de moi. J’ai tant espéré ce jour… Tu l’as tant souhaité toi-même. C’est terrible d’aimer… C’est si agréable quand tout est au soleil et ça fait si mal, quand l’ombre du destin le recouvre de ses épreuves… Mais avons-nous le choix… »

 

Arrêté en septembre 1973 par le commissaire Broussard, Jacques Mesrine est incarcéré dans un premier temps à Fleury-Mérogis puis à Fresnes avant d’être condamné en mai 1977 à 20 ans de prison et d’être transféré au Quartier de Haute Sécurité (QHS) de la prison de la Santé. C’est durant ce séjour à la prison de Fresnes que Jacques Mesrine entreprend d’écrire L’Instinct de Mort. Il s’évadera le 8 mai 1978 de la prison de la Santé en compagnie de François Besse. 


3.000 €