Genevoix (Maurice)

(1890-1980)
Ecrivain et poète français.

Lettre autographe signée, Saint-Victor (Aveyron), 14 novembre 1939, à un « cher Monsieur », 1 page in-8.

 

Très belle lettre de Maurice Genevoix au tout début de le Seconde Guerre mondiale. 

 

« La seule chance qu’ait notre génération désormais, et sa dernière justification possible, et que la vôtre ne tolère pas, à son retour, ce que notre lassitude a laissé faire (ou se survivre), comme si la guerre n’avait pas eu lieu… »

 

« J’ai eu un vrai plaisir, cher Monsieur, à recevoir de vos nouvelles. J’en ai un autre à vous remercier de la pensée que vous avez eue là pour un survivant de l’ « autre ». Il est possible que nous en ayons tiré, comme vous le dites, quelques leçons. Mais nous en sommes, hélas ! restés là. J’espère avoir, un jour, l’occasion de revenir sur cette faillite qui est la notre. Que nous y ayons des excuses, ou des circonstances atténuantes, la question a cessé d’être là. La seule chance qu’ait notre génération désormais, et sa dernière justification possible, et que la vôtre ne tolère pas, à son retour, ce que notre lassitude a laissé faire (ou se survivre), comme si la guerre n’avait pas eu lieu. Puisse une guerre courte vous rendre à vos responsabilités moins épuisés que nous l’étions nous-mêmes. Aussi bien, pour vous comme pour nous désormais, certaines attitudes autruchières et certains escamotages où de vieux funambules excellaient pour notre malheur, ont-ils cessé d’être possibles.

je vous serre très cordialement la main (…) 

Maurice Genevoix… ».

 

Maurice Genevoix apprend la déclaration de guerre française alors qu’il séjourne au Canada. Entre 1940 et 1943, il quitte les Vernelles (Loiret) pour se réfugier chez ses beaux-parents en Aveyron en zone non-occupée. Il y écrit Sanglar (La Motte rouge) où il évoque à mi-mot l’Occupation : « C’était un temps fort calamiteux et misérable ». À la fin de la guerre, il sera élu à l’Académie française (24 octobre 1946).


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