Anarchisme

Émile Rousset (1883-1961)
Terrassier, militant anarchiste, protagoniste de l'affaire Aernoult-Rousset.

Lettre autographe signée, 6 avril 1915, à de "bons amis", 2 pages 1/2 in-8. Belle lettre de la guerre 14-18.

 

"Quel cauchemar que cette terrible boucherie, mais quand donc va t-elle prendre fin ?..."

 

"Mes bon amis,

(...) je demande si c'est possible que vous me fassiez parvenir le discours de Jouhaux aux funérailles de Jaurès, je serait content de le lire !

J'ai reçu ces jours ci des nouvelles du camarade Jacquemin qui me charge de bien vous dire des choses pour lui, il est en ce moment à Aïn-Sefra, province d'Oran, non loin du fameux camp de Djenan-ed-dar. Il est en parfaite santé et dans de très bonnes conditions (...) À quel cauchemar que cette terrible boucherie, mais quand donc va t-elle prendre fin ?

Nous autres ici nous changeons encore une fois de camps, nous allons monté plus haut vers le (...) Maroc Oriental (...) ce sera peut-être le dernier changement car je suis persuadé cette fois que nous irons pas en France, tout au moins moi et tous ceux qui se trouve dans mon cas. C'est à dire tout ceux qui ont servi en Afrique soit dans un régiment régulier ou à la discipline resterons pour occupper les territoires conquis (...) Enfin comme vous me dites sur votre dernière carte, armons-nous de patience et ayons bon espoir de l'issue finale. Cette fois lorsque ce sera fini, nous trouverons peut-être de nouveaux éléments qui viendront se joindre à nous pour la lutte avec la vie ; mais hélas ! elle aura couté bien cher la leçon..."



Le 2 juillet 1909, au camp de Djenan-el-Dar (Algérie) le disciplinaire Albert Aernoult est battu à mort par trois gradés : le lieutenant Sabattier, et les sergents Casanova et Beigner. Témoin de la scène, Émile Rousset, disciplinaire lui aussi, décide de dénoncer ce crime aux autorités supérieures, trop de crimes de ce genre restant impunis selon lui, mais la hiérarchie militaire va tout faire pour l’en empêcher. Malgré les menaces, les tortures, le cachot, Rousset ne cède pas. Il est menacé du conseil de guerre s’il persiste encore et c’est ce qui lui arrivera. Le 19 juillet 1910, Il passe devant le conseil de guerre d’Oran, où on essaie encore de lui imposer le silence, il est condamné à cinq ans de prison et incarcéré au pénitencier de Douéra.

Mais Rousset avait réussi à alerter la presse métropolitaine par une lettre dénonçant le crime des trois militaires. Un comité de soutien se crée en France et l’affaire Rousset prend de l’ampleur. Grâce à cette mobilisation Rousset sera libéré avant d’avoir fini de purger sa peine.


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