Martignac (Jean-Baptiste)

(1778-1832)
Poète, goguettier, vaudevilliste, avocat et homme d'État français.

Lettre autographe signée, Paris, 14 avril 1824, à un Vicomte, 2 pages in-4.

 

Intéressante lettre de Martignac sur l'élection contestée de Benjamin Constant comme député en mars 1824.

 

« Monsieur le Vicomte,

La commission de la chambre des députés chargée d'examiner les difficultés qui se sont élevées sur l'élection de M. Benjamin Constant désire obtenir de votre excellence quelques renseignements positifs sur les faits suivants :

 

Il parait que la province d'Artois réunie à la France en 1180 et érigée en comté par St Louis en 1237 passa au pouvoir des Ducs de Bourgognes en 1405 et fut possédée par eux jusqu'à la mort de Charles le Téméraire ; qu'elle rentra sous la domination française sous le règne de Louis 11 et fut ensuite cédée par Charles 8 à l'empereur Maximilien par le traité de Senlis (1493).

 

Il parait encore que la province d'Artois resta au pouvoir de la maison d'Autriche jusqu'au traité des Pyrénées (1659) et que la châtellenie d'Aire qui en faisait partie et fut cependant rendue à la France que par le traité de Nimègue (1678).

 

La commission qui n'a à cet égard que la notion peu certaine que peuvent donner les historiens, prie votre excellence d'ordonner que des retouches seront faites dans les archives de son ministère pour s'assurer de la vérité des faits. Elle a surtout besoin de connaître quelle sorte de droits le Roi de France refusa sur l'Artois en la cédant à l'Empereur par le traité de Senlis et les époques précises où la châtellenie d'Aire fut séparée de la France et lui fut de nouveau réunie. Elle espère que vous voudrez bien lui faire donner des renseignements authentiques à ce sujet…. »

 

Déjà député en 1819-1822, Benjamin Constant est réélu en mars 1824. Cette réélection est vivement contestée par la droite ultra, majoritaire, qui considère Benjamin Constant comme un adversaire dangereux, tant pour sa philosophie religieuse pluraliste que pour sa philosophie politique individualiste.

Mais, sous le couvert d'une contestation de la validité de l'élection de Benjamin Constant - ses adversaires tiennent à le faire considérer comme suisse de nationalité, vu sa naissance à Lausanne, et non comme français qui n'a décidé que tardivement d'établir son domicile en France - il s'agit en fait d'une attaque en règle des partisans de l'ancien régime contre un huguenot, alléguant que son aïeul, Augustin, était né espagnol, en violation de la loi révolutionnaire qui avait reconnu à l'ascendance maternelle les mêmes titres qu'à la filiation paternelle.


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