Peyronnet (Pierre-Denis de)

(1778-1854)
Homme politique français. Condamné pour haute-trahison après la Révolution de Juillet 1830.

Lettre autographe signée, Fort de Ham, août 1835, à l'académicien François Roger, 2 pages in-4, adresse.

 

Très belle lettre du comte de Peyronnet alors emprisonné au Fort de Ham pour trahison.

 

« La liberté est la meilleure chose du monde ; je mets pourtant l'honneur au dessus… »

 

« Votre ami repart tout à l'heure, mon cher Roger ; il vous apportera mes tendresses.

Ne me blâmez pas, de grâce, ne vous affligez pas, ne vous mettez pas en colère (...) la liberté est la meilleure chose du monde ; je mets pourtant l'honneur au dessus. L'une est un droit et l'autre un devoir ; la différence est considérable. Non, je n'adhèrerai de ma vie à aucune chose d'où l'on puisse induire, n'importe comment, que je reconnaisse la régularité de la Sentence. Nécessaire, tant que ces messieurs le voudront ; politique, tant qu'il leur plaira ; Je ne dispute ni sur les ? ni sur la prudence d'autrui. Main légale ! main équitable ! Ces messieurs se moquent. Si, mon cher Roger ! 

(...)

Le pain de l'étranger est d'ailleurs trop dur, et la terre germaine pas assez légère. Oh la merveilleuse liberté, que celle de l'exil ! Vous souvient-il de que j'en ai dit dans les Pensées d'un prisonnier ? Mon très spirituel ami, je persiste. 

Quand l'empereur écrivit au Prince régent, il lui dit, si je ne me trompe : "Je viens, comme Thémistocle, m'asseoir au foyer Britannique..." (Ici Peyronnet fait référence à la fameuse lettre de Napoléon Ier écrite le 13 juillet 1815 au prince régent d'Angleterre). Ce souvenir de Thémistocle m'a toujours paru malheureux. 

Moi, qui ai lu Thucydide en mon temps, et qui sais que le héros de Salamine était complice de Pausanias ; mais, qui n'ai pas tout à fait perdu la mémoire des criminelles promesses qu'il fit (...) à Artaxerxès. Je le prends d'une toute autre façon : je ne suis pas Thémistocle, mais je ne finirai pas comme lui. Je n'aurai pas l'or des Perses (...) mais je ne travaillerai pas à leur soumettre la Grèce. Mon ami, Ham est en France, je reste à Ham.

Adieu ; vous savez combien je vous aime.

Cte de Peyronnet ».   

 

Le 19 mai 1830, le comte Peyronnet avait été nommé au pouvoir en devenant ministre de l'Intérieur pour la quatrième fois, poste qu'il occupa jusqu'à la chute du régime en juillet 1830.

 

Au lendemain de la révolution de 1830, il comparaît avec MM. de Polignac, de Chantelauze et de Guernon-Ranville devant la cour des Pairs, sous l'inculpation de haute trahison, et est condamné, avec ses collègues, à la prison perpétuelle et à la dégradation civique.

 

Enfermé au fort de Ham, il obtient la remise de sa peine le 17 octobre 1836, à la faveur de la grâce collective décidée à l'instigation du premier ministère Molé. Il retourne dans son château de Saint-Louis-de-Montferrand pour exercer pleinement sa passion pour la poésie.


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