camille pissarro autographe

Pissarro (Camille)

(1830-1903)
Peintre impressionniste français

Lettre autographe signée, Paris, 8 avril 1895, 2 pages in-8, à sa femme Julie.

Lettre inédite, n’étant pas référencée dans La Correspondance (Jeannine Bailly-Herzberg, Paris, 1989). 

 

Belle lettre de Pissarro évoquant la vente de ses tableaux, ses clients et la santé de ses yeux. 

 

« Comment faire bon Dieu ! pour persuader ces braves gens que la peinture ne s’apprend pas (…) le seul conseil que je vais lui donner c’est de suivre ce que le père Corot m’a dit dans le temps, c’est de regarder la nature, bûcher les valeurs et corser son dessin, regarder les maitres… »

 

« Ma chère Julie,

je t’envoie la lettre de Lucien, tu verras que Ricketts trouve nos tableaux bien et me propose une petite exposition chez lui pour y amener un petit mouvement qui pourra décider les terrible Van Wysselingh à s’occuper de la vente de ma peinture. Il parait qu’il ne comprendrait pas mes deux tableaux si ce n’est pas amené par des ficelles !… Ma foi c’est le seul moyen puisqu’ils sont bouchés à l’émeri.

 

Je viens de chez Durand (le marchand Durand-Ruel), son fils est arrivé ce matin, il n’a pas eu encore le temps de se concerter avec son père, il faut patienter… et encore heureux d’avoir une lueur d’espérance !

je suis allé chez Madame Perry à déjeuner hier. Il faisait un assez vilain temps. Rien de neuf de ce côté, pas l’ombre d’une vente où même d’espérance, cependant, elle m’a annoncé sa visite et celle de Mr. Sharo à Eragny, s’il m’achète pas, cela me crée des relations qui peuvent être utiles et les Perry sont des gens charmants et forts simples.

 

La lettre que tu m’as envoyée et qui arrivait des États-Unis (Baltimore) est d’une américaine que je ne connais pas et qui est amie de Me Cobb. Elle voudrait que je lui donne des conseils ! Comment faire bon Dieu ! pour persuader ces braves gens que la peinture ne s’apprend pas, qu’elles perdent leur temps à vouloir se chausser dans les pantoufles des autres ; le seul conseil que je vais lui donner c’est de suivre ce que le père Corot m’a dit dans le temps, c’est de regarder la nature, bûcher les valeurs et corser son dessin, regarder les maitres, mais les conseils de loin en loin cela suffit et même on peut s’en passer.

 

Je n’ai pas encore vu Théo (Van Gogh), il a du être fort occupé aujourd’hui avec son accrochage aux Indépendants.

Mon oeil est en bon état ce matin. Pas d’humeur, c’est quelque chose, il ne manquerait plus que cela pour être tout à fait embêté ! 

Je suis tellement heureux d’en être quitte pour la peur, que lorsque je suis sorti de chez Parenteau (opticien de Pissarro) j’aurai dansé de contentement. Penses donc au printemps au moment des bonnes études du plein air !!

 

Allons un peu de patience encore. Je t’embrasse ainsi que les enfants.

Ton mari affectionné et plus tranquil. 

C. Pissarro ». 

 

En 1884, Pissarro quitte Osny pour Éragny-sur-Epte dans l'Oise. C'est grâce à un prêt de Claude Monet qu'il peut y acquérir une maison où il passe ses dernières années, jusqu'à son décès à Paris en novembre 1903. Pissarro vit entre Paris où vivent et travaillent les marchands et sa maison d’Érgany.

C’est dans cette maison, qu’il peint de nombreuses toiles, dont plusieurs sur le thème des pommiers en fleurs (la propriété s'appelle « La Pommeraie »), du noyer, de son jardin potager, de la vue de son atelier, spécialement construit au milieu de son jardin. Il y invite les plus grands peintres de l'époque, parmi lesquels Claude Monet, le parrain de son dernier fils, Cézanne, Van Gogh, Gauguin. En 1885, il rencontre Georges Seurat, avec qui il se lie d'amitié et s'enthousiasme pour sa technique du pointillisme, qu'il applique à son tour, d'une manière moins formelle, avant de retrouver une liberté d'expression plus proche de son tempérament lyrique et généreux. Camille Pissarro meurt à Paris le 13 novembre 1903 de septicémie. Il repose, avec sa famille, à Paris au cimetière du Père-Lachaise 


4.800 €